barrage de l’oued Fergoug. En France, le célèbre barrage de Serre-Ponçon
est menacé de la même manière par des changements géomorphologiques
entraînant une accumulation de boues dans la retenue
69
. Le programme de
reboisement et de consolidation des terrains n’a pas pu encore être mis en
œuvre, faute de crédits. On risque donc une catastrophe, pour avoir fait des
« économies de bouts de chandelles » (Tricart, 1962).
Ces exemples sont particulièrement éloquents, car ils montrent
combien une mauvaise gestion des sols, dont la destruction du couvert
végétal originel représente la part essentielle, peut être néfaste au bon
fonctionnement d’ouvrages d’art édifiés à grands frais. Ils témoignent de la
nécessité impérieuse d’une utilisation rationnelle du capital naturel, même
en vue d’une économie humaine à première vue artificielle.
Notons enfin que les eaux courantes devenues troubles en raison des
matières solides en suspension ont leur faune profondément modifiée ; de
nombreux Poissons désertent les eaux chargées de limons aux effets
desquels viennent souvent encore se surajouter ceux des pollutions
industrielles.
Des recherches entreprises dans le sud-ouest des États-Unis ont montré
que les populations de poissons y avaient gravement pâti des diverses
modifications apportées aux eaux courantes, leurs effets étant accrus par
ceux des pollutions industrielles et de diverses autres actions de l’homme
(Miller, 1961, 63). La destruction du couvert végétal (surpâturage,
déforestation), les aménagements hydrauliques (modification profonde du
débit des rivières et de leurs conditions écologiques), l’introduction
d’espèces exotiques (un tiers au moins des poissons peuplant les eaux est
formé maintenant d’espèces introduites), le déversement de substances de
déchet et le traitement des eaux par poisons sélectifs (pour éliminer les
poissons dits « indésirables ») ont entièrement modifié l’équilibre primitif
des biocénoses aquatiques
70
. Ils ont entraîné l’extinction de pas moins de
6 espèces de poissons et gravement compromis l’existence de 13 autres,
constituant en tout près de 20 % de la faune ichtyologique du sud-ouest des
États-Unis.
Cet exemple montre à quel point l’équilibre des rivières peut être
modifié par l’homme. Si nous ne connaissons que fort peu de choses quant
aux Poissons – et moins encore quant aux autres animaux aquatiques – nous
pouvons néanmoins penser que beaucoup d’entre eux sont en danger, voire
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