une vitesse accélérée et à un rythme qui les rend presque incontrôlables.
L’homme se trouve aux prises avec des problèmes économiques
insurmontables dont la sous-alimentation chronique d’une partie des
populations n’est que le plus évident. Mais il y a bien plus sérieux encore.
L’homme moderne dilapide d’un cœur léger les ressources non
renouvelables, combustibles naturels, minéraux, ce qui risque de provoquer
la ruine de la civilisation actuelle. Les ressources renouvelables, celles que
nous tirons du monde vivant, sont gaspillées avec une prodigalité
déconcertante, ce qui est encore plus grave, car cela peut provoquer
l’extermination de la race humaine elle-même : l’homme peut se passer de
tout, sauf de manger. Il manifeste une confiance absolue dans les techniques
mises au point dans les temps récents. Les progrès réalisés en physique et
en chimie ont accru la puissance des outils à notre disposition dans une
proportion fantastique. Et cela nous incite à manifester un véritable culte à
l’égard de la technique que nous croyons dorénavant capable de résoudre
tous nos problèmes sans le secours du milieu dans lequel sont apparus nos
lointains ancêtres et au sein duquel ont vécu des générations nombreuses.
Beaucoup de nos contemporains estiment de ce fait qu’ils sont en droit
de couper les ponts avec le passé. Toutes les lois qui présidaient jusqu’à
présent aux rapports de l’homme avec son milieu paraissent désuètes. Le
vieux pacte qui unissait l’homme à la nature a été brisé, car l’homme croit
maintenant posséder suffisamment de puissance pour s’affranchir du vaste
complexe biologique qui fut le sien depuis qu’il est sur la terre.
Loin de nous l’idée de nier les progrès techniques, ou de préconiser un
retour en arrière, au stade de la cueillette dont se sont contentés nos
lointains ancêtres du Paléolithique, et qui répond encore aux besoins de
groupes humains demeurés primitifs.
Nous sommes néanmoins en droit de nous interroger sur la valeur
universelle d’une civilisation technique appliquant aux esprits comme à la
matière des lois dont le bien-fondé n’a été vérifié que dans des cas
particuliers.
Nous ne voulons pas jouer les cassandres. Mais chacun d’entre nous a
eu parfois l’impression d’avoir pris place dans un train emballé dont il ne
pouvait plus descendre
1
. Nous ne savons où il nous mène. Peut-être vers un
grand bien-être ; mais plus vraisemblablement à une impasse, voire à une
catastrophe. L’homme a imprudemment joué à l’apprenti sorcier et mis en
L’homme se trouve aux prises avec des problèmes économiques
insurmontables dont la sous-alimentation chronique d’une partie des
populations n’est que le plus évident. Mais il y a bien plus sérieux encore.
L’homme moderne dilapide d’un cœur léger les ressources non
renouvelables, combustibles naturels, minéraux, ce qui risque de provoquer
la ruine de la civilisation actuelle. Les ressources renouvelables, celles que
nous tirons du monde vivant, sont gaspillées avec une prodigalité
déconcertante, ce qui est encore plus grave, car cela peut provoquer
l’extermination de la race humaine elle-même : l’homme peut se passer de
tout, sauf de manger. Il manifeste une confiance absolue dans les techniques
mises au point dans les temps récents. Les progrès réalisés en physique et
en chimie ont accru la puissance des outils à notre disposition dans une
proportion fantastique. Et cela nous incite à manifester un véritable culte à
l’égard de la technique que nous croyons dorénavant capable de résoudre
tous nos problèmes sans le secours du milieu dans lequel sont apparus nos
lointains ancêtres et au sein duquel ont vécu des générations nombreuses.
Beaucoup de nos contemporains estiment de ce fait qu’ils sont en droit
de couper les ponts avec le passé. Toutes les lois qui présidaient jusqu’à
présent aux rapports de l’homme avec son milieu paraissent désuètes. Le
vieux pacte qui unissait l’homme à la nature a été brisé, car l’homme croit
maintenant posséder suffisamment de puissance pour s’affranchir du vaste
complexe biologique qui fut le sien depuis qu’il est sur la terre.
Loin de nous l’idée de nier les progrès techniques, ou de préconiser un
retour en arrière, au stade de la cueillette dont se sont contentés nos
lointains ancêtres du Paléolithique, et qui répond encore aux besoins de
groupes humains demeurés primitifs.
Nous sommes néanmoins en droit de nous interroger sur la valeur
universelle d’une civilisation technique appliquant aux esprits comme à la
matière des lois dont le bien-fondé n’a été vérifié que dans des cas
particuliers.
Nous ne voulons pas jouer les cassandres. Mais chacun d’entre nous a
eu parfois l’impression d’avoir pris place dans un train emballé dont il ne
pouvait plus descendre
1
. Nous ne savons où il nous mène. Peut-être vers un
grand bien-être ; mais plus vraisemblablement à une impasse, voire à une
catastrophe. L’homme a imprudemment joué à l’apprenti sorcier et mis en
