trouvées complètement changées dans leur composition et dans leur
équilibre. Les transformations rapides des peuplements animaux et
végétaux que les documents paléontologiques font apparaître à certaines
époques ne sont pas plus importantes que la « révolution » qui se passe sous
nos yeux depuis l’apparition de l’homme sur la terre, avec une vitesse et
une ampleur sans égales si l’on tient compte de la faible durée au cours de
laquelle s’est manifestée l’action de notre espèce.
Même si le « temps humain » est pris comme échelle, les
modifications les plus profondes se sont produites au cours d’une période
très courte. En ramenant la durée totale de l’histoire de l’homme depuis
l’âge de la pierre taillée à une année de douze mois, c’est au début de
décembre que commencerait l’ère chrétienne et le 29 décembre que
Louis XVI monterait sur le trône de France : à cette époque l’énergie à la
disposition de l’homme n’est encore en pratique que le produit de son
propre travail musculaire et de celui des animaux de trait. Toute l’histoire
« mécanique » de l’humanité se passe dans les deux derniers jours et c’est
pendant cette courte période – une fraction de seconde à l’échelle
géologique – que l’homme a le plus profondément modifié la face de la
terre, parfois à son bénéfice réel, mais souvent aussi la défigurant de la
manière la plus honteuse, accumulant ruines et catastrophes, aux yeux des
naturalistes comme à ceux des économistes.
Dans le cadre de l’histoire de l’humanité, quelques formes de
dégradation de la nature sont certes anciennes. L’homme primitif avait déjà
à sa disposition un outil d’une puissance hors de proportion avec son faible
degré de technicité : le feu. Les civilisations de l’Antiquité classique ont
dévasté le monde méditerranéen et les grands empires des deux
hémisphères se sont écroulés en partie par suite de l’érosion de leurs terres.
Plus tard les grands découvreurs du XVI e siècle ont accumulé destructions
et massacres, aggravés par ceux des siècles suivants, en dépit de la salutaire
réaction qui s’est manifestée depuis une centaine d’années.
À l’époque contemporaine la situation atteint cependant un degré de
gravité inégalé jusqu’à présent. L’homme de civilisation industrielle a
maintenant pris possession de la totalité du globe. Nous assistons à une
véritable explosion démographique, sans équivalent dans l’histoire de
l’humanité. Tous les phénomènes auxquels l’homme est mêlé se déroulent à
équilibre. Les transformations rapides des peuplements animaux et
végétaux que les documents paléontologiques font apparaître à certaines
époques ne sont pas plus importantes que la « révolution » qui se passe sous
nos yeux depuis l’apparition de l’homme sur la terre, avec une vitesse et
une ampleur sans égales si l’on tient compte de la faible durée au cours de
laquelle s’est manifestée l’action de notre espèce.
Même si le « temps humain » est pris comme échelle, les
modifications les plus profondes se sont produites au cours d’une période
très courte. En ramenant la durée totale de l’histoire de l’homme depuis
l’âge de la pierre taillée à une année de douze mois, c’est au début de
décembre que commencerait l’ère chrétienne et le 29 décembre que
Louis XVI monterait sur le trône de France : à cette époque l’énergie à la
disposition de l’homme n’est encore en pratique que le produit de son
propre travail musculaire et de celui des animaux de trait. Toute l’histoire
« mécanique » de l’humanité se passe dans les deux derniers jours et c’est
pendant cette courte période – une fraction de seconde à l’échelle
géologique – que l’homme a le plus profondément modifié la face de la
terre, parfois à son bénéfice réel, mais souvent aussi la défigurant de la
manière la plus honteuse, accumulant ruines et catastrophes, aux yeux des
naturalistes comme à ceux des économistes.
Dans le cadre de l’histoire de l’humanité, quelques formes de
dégradation de la nature sont certes anciennes. L’homme primitif avait déjà
à sa disposition un outil d’une puissance hors de proportion avec son faible
degré de technicité : le feu. Les civilisations de l’Antiquité classique ont
dévasté le monde méditerranéen et les grands empires des deux
hémisphères se sont écroulés en partie par suite de l’érosion de leurs terres.
Plus tard les grands découvreurs du XVI e siècle ont accumulé destructions
et massacres, aggravés par ceux des siècles suivants, en dépit de la salutaire
réaction qui s’est manifestée depuis une centaine d’années.
À l’époque contemporaine la situation atteint cependant un degré de
gravité inégalé jusqu’à présent. L’homme de civilisation industrielle a
maintenant pris possession de la totalité du globe. Nous assistons à une
véritable explosion démographique, sans équivalent dans l’histoire de
l’humanité. Tous les phénomènes auxquels l’homme est mêlé se déroulent à
