Il faut dire que lorsque l’homme moderne de civilisation occidentale
pénétra dans les terres tropicales – certaines véritablement inoccupées
comme une bonne partie de l’Afrique et comme la quasi-totalité de
l’Amérique latine – il n’avait pas de connaissances scientifiques et
techniques suffisantes (pas plus que lorsqu’il se lança dans l’exploitation
agricole des grandes plaines de l’Amérique du Nord). Dans certains cas, il
crut de bonne foi que les méthodes culturales qui avaient fait leurs preuves
dans les zones tempérées pouvaient être appliquées. Depuis, nos
connaissances ont fait des progrès énormes ; sous l’impulsion des
gouvernements intéressés ont été fondés des instituts de recherches
agronomiques dont les résultats constituent maintenant une impressionnante
masse de documentation. L’application des données acquises par la science
a permis de redresser des situations compromises et de mettre en valeur sur
des bases saines des territoires jusqu’alors demeurés à l’abri de l’industrie
humaine.
Tout est-il pour le mieux dans la recherche scientifique appliquée à
l’agriculture tropicale et ses applications ? Certes non. Nous ne pouvons
mieux faire que de reproduire ce qu’écrivait en 1944 J. P. Harroy dans son
livre Afrique, terre qui meurt (p. 377) : « la science agronomique tropicale,
comme quelques-unes de ses pareilles d’ailleurs, a jusqu’ici dû s’attacher à
rechercher plutôt une amélioration qualitative et quantitative de la
production que des normes de gestion parcimonieuse des fonds cultivés. À
peu d’exceptions près, les colonisateurs préfèrent voir les crédits que leur
collectivité octroie aux chercheurs amortis à bref délai par un surcroît de
bénéfices commerciaux, plutôt que d’attendre l’heure lointaine où cet
amortissement se traduira par la possibilité de poursuivre fructueusement
une exploitation qui, sinon, eût périclité ou se fût même complètement
arrêtée. » Si la situation politique a changé à travers l’Afrique à l’heure
actuelle, les problèmes économiques sont restés les mêmes ; ils se sont
même aggravés en se déplaçant. Les nouvelles nations africaines
recherchent désespérément les fonds qui leur sont réellement nécessaires
dans l’immédiat. Il est à souhaiter qu’elles ne sacrifient pas leur futur au
présent, en mettant inconsidérément en culture par des procédés inadéquats
des terres dont le rendement immédiat se ferait au détriment de la fertilité
de demain. Le vrai drame de l’Afrique est là, bien plus que dans
l’impécuniosité actuelle des nouveaux États indépendants. Cela est
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