Si l’on envisage la mise en culture sous l’angle strictement écologique,
on constate que cette transformation a pour effet de simplifier à l’extrême
l’ensemble de l’écosystème, en remplaçant les multiples espèces constituant
les associations végétales primitives par un nombre très réduit d’espèces
« domestiquées ». L’énergie solaire qui tombe sur une aire donnée est donc
captée et transportée le long d’une seule voie ; elle est convertie en une
production agricole unique, ce qui implique a priori un très mauvais
rendement écologique. Les chaînes alimentaires sont simplifiées à
l’extrême. Selon une loi générale, cette réduction a pour effet de sensibiliser
l’habitat, auquel sont enlevées la plupart de ses défenses. Cela ne signifie
cependant pas ipso facto que la fertilité naturelle se trouve détruite. De
sages pratiques culturales, en transformant les sols, peuvent souvent leur
conférer une fertilité acquise, tout en assurant la stabilité à un milieu
artificiellement créé par l’homme. Le « rendement » écologique peut être
très satisfaisant, bien que l’économie soit orientée dans un sens
anthropique.
Ainsi en Europe occidentale et moyenne, les sols bruns et les sols
lessivés sont parmi les meilleurs en vue d’une utilisation agricole. Le
labourage a eu pour effet de mélanger les horizons et de créer une terre
arable stable, dont la fertilité et la structure sont sans cesse entretenues et
même améliorées par la fumure et par les amendements (chaulage,
marnage). Des pratiques agricoles complexes, la rotation des cultures selon
un rythme adapté aux différents milieux, une économie agricole mixte où
l’élevage tient une place importante, le maintien d’une mosaïque de milieux
différents, d’où résultent une grande diversité de biotopes et un aspect
harmonieux du paysage, ont permis à l’homme non seulement de conserver
la fertilité de ces sols, mais même de l’accroître dans une proportion
importante au cours des siècles.
Des pratiques similaires ont permis aux premiers colons européens
arrivés en Amérique du Nord d’établir des cultures semblables dans le nordest des États-Unis en utilisant des sols du même type et en parvenant à des
stades d’évolution des sols d’une grande stabilité.
Les zones à chernozem (ou tchernoziom), couvertes à l’origine d’une
végétation steppique dense, à la couche supérieure noire, très épaisse, riche
en matières organiques, ont elles aussi été converties en riches terres de
culture, tant que les pratiques ont été conservatrices. Les steppes et les
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