le bétail a parfois une valeur religieuse – comme les Vaches sacrées de
l’Inde – ou une valeur de prestige – comme pour les peuples pastoraux de
l’Est africain, Masaï et Batutsi ; il n’existe pas dans ce cas de frein naturel à
l’augmentation du nombre de têtes de bétail comme lorsqu’il s’agit de
satisfaire de simples exigences alimentaires.
Les animaux domestiques sont venus remplacer les animaux sauvages
dans une bonne partie des habitats ouverts du globe (d’ailleurs multipliés
par la pratique des feux de brousse). Or l’exploitation du couvert végétal
par les uns et par les autres diffère largement. Les Ongulés sauvages se
dispersent à travers tout le biotope, en partie grâce à une structure sociale
autre que celle des animaux asservis par l’homme, la domestication ayant
accentué leur grégarisme au point d’en faire une véritable monstruosité. De
plus aucun d’entre eux, du moins parmi les espèces vivant dans les savanes
et les steppes, n’est sédentaire ; tous se déplacent selon un rythme annuel au
cours de pérégrinations à allure de migrations. Enfin, plusieurs espèces
ayant chacune un mode de vie particulier et des préférences alimentaires
cohabitent dans le même milieu ; le « spectre de peuplement » est largement
ouvert, chaque espèce exploitant une niche écologique différente de celle
des autres Ongulés dont elle est en quelque sorte complémentaire ; il en
résulte une exploitation rationnelle de tout le couvert végétal.
La situation est différente pour les Ongulés domestiques, que leur
grégarisme poussé à l’extrême incite à des concentrations massives en des
points précis de l’habitat mis à leur disposition. Par ailleurs l’évolution du
pastoralisme – sous l’influence de principes mis au point dans les zones
tempérées humides, et en conséquence d’une politique générale visant à
sédentariser les populations nomades – tend à fixer les troupeaux à
l’intérieur de périmètres limités. Enfin l’éventail des espèces domestiquées,
essentiellement les Bovins, les Chèvres et les Moutons, est singulièrement
refermé, ce qui restreint dans une mesure notable l’utilisation du couvert
végétal et ne permet pas son exploitation rationnelle comme dans le cas des
Ongulés sauvages ; tout le poids de la déprédation se porte sur certains
types de végétation et sur certaines catégories de plantes. Comme tous les
végétariens, les Ongulés domestiques ne mangent en effet pas n’importe
quelle plante quand ils ont le choix et marquent une préférence pour
certains végétaux qu’ils éliminent ainsi au profit d’espèces de moindre
valeur alimentaire, capables dès lors d’envahir les pâturages. Cela est
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