Nous pouvons sans doute déplorer la régression des forêts en tant que
naturalistes ; mais il ne faut pas oublier que nous devons tenir compte des
nécessités économiques des populations humaines. Ce sont des impératifs
devant lesquels le biologiste doit s’incliner à condition que les terres
transformées restent protégées contre la dégradation et l’érosion accélérée
et qu’une sage exploitation leur assure une productivité pérenne.
Or il semble qu’en certaines régions d’Afrique se soit établi un
équilibre, artificiel sans doute, entre les éléments du milieu primitif et les
pratiques pastorales, y compris le feu, d’où résulte une productivité accrue
des terres et une stabilité de leur rendement, à condition que les autres
éléments de destruction soient contrôlés (et surtout le surpâturage).
L’opinion sur les feux de brousse doit être nuancée et le jugement doit
tenir compte des conditions climatiques, pédologiques et floristiques de
chaque région, en un mot de la vocation propre de celle-ci. Il convient sans
doute d’étudier le problème à fond à l’échelon local et de trouver des
palliatifs pour limiter les dégâts des incendies, d’en réglementer l’usage en
fonction de l’utilisation des sols et des données climatiques et écologiques.
Le feu de brousse n’est en lui-même ni un bien ni un mal ; il est
simplement un outil à notre disposition pour modifier les habitats en
fonction de l’utilisation proposée. Comme pour les autres moyens d’action
de l’homme, son usage peut être bon ou mauvais. Son abus est toujours
pernicieux. Et c’est malheureusement ce qui est à déplorer sur une vaste
partie du monde et principalement en Afrique.
Cet abus aboutit à une dégradation regrettable des habitats sur le plan
scientifique comme sur le plan économique. Du fait de la mauvaise
utilisation d’un instrument d’une rare puissance, il faut donc considérer en
pratique – sauf cas particuliers – que les incendies de brousse sont allumés
sans souci de la stabilité et de la productivité pérenne des terres.
5. Surpâturage
L’homme est un nomade, et le restera toujours parce qu’il
dévore le pays même sur lequel il plante sa tente et fait
paître ses troupeaux…
Carl Fries
Précédent

- 222/621

Suivant