africaine, en particulier Aubréville (1949), nous devons admettre que
l’Afrique telle qu’elle se présente aujourd’hui est en très grande partie
occupée par des formations secondaires, substituées aux véritables et
anciennes communautés climatiques. Le recul de la lisière de la forêt
ombrophile est évident et souvent rapide (marqué par l’existence de
clairières couvertes de savanes épaisses, formées en particulier d’« herbe à
éléphants » ou Pennisetum) ; il s’agit de parcelles défrichées et cultivées sur
brûlis, puis abandonnées. Ces formations anthropiques se clairsèment quand
on s’éloigne de l’orée de la grande forêt et font place à des savanes boisées
que l’on peut prendre à première vue pour des formations naturelles
climatiques ; celles-ci ne représentent cependant selon toute vraisemblance
qu’un stade de la régression de communautés forestières. C’est à ce niveaulà, où le défricheur a préparé l’invasion des herbages, que le feu assure la
permanence de ces associations artificielles en empêchant toute
régénération du couvert dense. Le sol, épuisé par les cultures et érodé par
suite du passage du feu et du lessivage par les pluies, perd ses qualités
initiales et est tout juste capable de supporter une végétation appauvrie de
savane. Certaines espèces résistant mieux au feu sont favorisées et
colonisent l’habitat. On assiste alors à l’établissement de ces formations
artificielles « parasites » que l’on peut prendre parfois pour naturelles tant
elles sont anciennes et font partie de la physionomie de l’Afrique.
L’évolution ne s’arrête malheureusement pas à ce stade, car la perte en
eau représentée en définitive par le passage de la forêt à la savane va
s’accentuer sous l’effet des mauvaises pratiques culturales, du surpâturage,
de la destruction continue de la végétation, facteurs responsables d’une
érosion accélérée. Le climat lui-même est gravement affecté et l’homme ne
tarde pas à se trouver dans un enchaînement dont l’issue est la
désertification progressive de régions entières. Si le feu n’est bien entendu
pas le seul responsable de cette évolution
43
, il en constitue néanmoins le
facteur principal, notamment en Afrique où le problème des feux de brousse
se pose avec le plus d’acuité ; il y représente une telle calamité que certains
n’ont pas craint de lui imputer la transformation de tout le continent, dont
« les forêts épaisses se rétrécissent et disparaissent comme des taches qui
s’évaporent » et où « la peau nue [du sol] apparaît lorsque le léger voile
verdoyant de savane brûle en ne laissant dans l’atmosphère qu’une brume
l’Afrique telle qu’elle se présente aujourd’hui est en très grande partie
occupée par des formations secondaires, substituées aux véritables et
anciennes communautés climatiques. Le recul de la lisière de la forêt
ombrophile est évident et souvent rapide (marqué par l’existence de
clairières couvertes de savanes épaisses, formées en particulier d’« herbe à
éléphants » ou Pennisetum) ; il s’agit de parcelles défrichées et cultivées sur
brûlis, puis abandonnées. Ces formations anthropiques se clairsèment quand
on s’éloigne de l’orée de la grande forêt et font place à des savanes boisées
que l’on peut prendre à première vue pour des formations naturelles
climatiques ; celles-ci ne représentent cependant selon toute vraisemblance
qu’un stade de la régression de communautés forestières. C’est à ce niveaulà, où le défricheur a préparé l’invasion des herbages, que le feu assure la
permanence de ces associations artificielles en empêchant toute
régénération du couvert dense. Le sol, épuisé par les cultures et érodé par
suite du passage du feu et du lessivage par les pluies, perd ses qualités
initiales et est tout juste capable de supporter une végétation appauvrie de
savane. Certaines espèces résistant mieux au feu sont favorisées et
colonisent l’habitat. On assiste alors à l’établissement de ces formations
artificielles « parasites » que l’on peut prendre parfois pour naturelles tant
elles sont anciennes et font partie de la physionomie de l’Afrique.
L’évolution ne s’arrête malheureusement pas à ce stade, car la perte en
eau représentée en définitive par le passage de la forêt à la savane va
s’accentuer sous l’effet des mauvaises pratiques culturales, du surpâturage,
de la destruction continue de la végétation, facteurs responsables d’une
érosion accélérée. Le climat lui-même est gravement affecté et l’homme ne
tarde pas à se trouver dans un enchaînement dont l’issue est la
désertification progressive de régions entières. Si le feu n’est bien entendu
pas le seul responsable de cette évolution
43
, il en constitue néanmoins le
facteur principal, notamment en Afrique où le problème des feux de brousse
se pose avec le plus d’acuité ; il y représente une telle calamité que certains
n’ont pas craint de lui imputer la transformation de tout le continent, dont
« les forêts épaisses se rétrécissent et disparaissent comme des taches qui
s’évaporent » et où « la peau nue [du sol] apparaît lorsque le léger voile
verdoyant de savane brûle en ne laissant dans l’atmosphère qu’une brume
