erreurs, lourdes de conséquences, sont en voie d’être commises par suite de
la méconnaissance de la situation écologique réelle. On oublie que la forêt
dense est en elle-même une source de richesses, qu’elle protège les sols,
absorbe les précipitations élevées et constitue un milieu d’une stabilité
étonnante du fait de sa diversité et de l’interaction de ses innombrables
éléments. Et aussi qu’elle joue un rôle essentiel à l’échelle de la planète en
intervenant dans le cycle des éléments, dans l’équilibre des climats et des
eaux. En dépit de son exubérance inégalée, de ses végétaux innombrables et
de sa faune différenciée à l’extrême, la forêt tropicale humide est dans
l’ensemble pauvre. Les éléments minéraux y sont rares ; la productivité
biologique élevée résulte avant tout du recyclage rapide des éléments et du
métabolisme très intense d’un système ne mettant en œuvre qu’une quantité
de matière relativement faible. Au terme de quelques cycles culturaux, les
pluies, le soleil et les crues incontrôlées auront réduit à néant les éléments
d’une fertilité trompeuse. De mauvaises associations secondaires vont
remplacer le milieu le plus riche de la planète, dans des sites inchangés
depuis des dizaines de millions d’années. Un potentiel biologique
fantastique et un capital génétique précieux risquent de disparaître en
quelques décennies.
En Afrique tropicale, la colonisation a profondément modifié la vie des
peuples autochtones en leur apportant la paix. Autrefois de grandes régions
d’insécurité séparaient les tribus qui guerroyaient entre elles, constituant en
fait des réserves naturelles boisées. Celles-ci ont disparu maintenant en
même temps que certains tabous qui protégeaient des parcelles déterminées.
Par ailleurs la densité de la population a augmenté ; de ce fait, le cycle de
rotation des secteurs mis en culture s’est accéléré, ne permettant plus la
régénération du couvert forestier. Au Niger, 1,3 million d’hectares étaient
cultivés en 1949, avec un défrichement annuel de 150 000 à
250 000 hectares, pour une durée de cultures de 3, 4 ou 7 ans ; une mise en
jachère de 4 à 20 ans étant indispensable, il faudrait une réserve permanente
de 1,8 à 3 millions d’ha de terres fraîches ou restaurées ; comme celle-ci
n’existe pas, vu la densité de la population, la rotation est plus rapide,
entraînant une érosion accélérée, une perte de rendement agricole et une
déforestation massive (Guilloteau, 1949, 1950).
La colonisation et la modernisation ont changé par ailleurs les données
du problème d’une manière catastrophique. En plus des cultures vivrières,
Précédent

- 209/621

Suivant