l’ouverture de nouvelles voies de pénétration à travers des districts
demeurés jusqu’ici d’accès difficile, ouvrant ceux-ci au pillage de leurs
ressources naturelles. Les machines rendent le défrichement aisé et rapide,
décuplant le rendement de la hache antique.
Pour ces multiples raisons, le déboisement exerce ses ravages à travers
le monde entier et a pris en certains points une allure catastrophique. En
Europe, sans doute, la déforestation s’est étalée sur des siècles, et sur de
larges surfaces, les forêts ont fait place à des terres à haute productivité,
relativement stables en raison du climat favorable et de pratiques culturales
perfectionnées. Le taux de boisement est d’ailleurs en légère augmentation
en Europe occidentale depuis un siècle
30
. Mais il n’en est pas de même
partout, et notamment dans les pays méditerranéens où la forêt a été en
grande partie rasée pour faire place à l’exploitation pastorale. L’Espagne
était couverte de forêts ; il n’en reste plus que sur un huitième de son
territoire. La superficie boisée de la Grèce fut de l’ordre de 65 % ; elle est
actuellement de 15 % (4 % seulement de forêts productives, soit 0,06 ha par
habitant) et corrélativement moins de 2 % des terres cultivées ont conservé
leur structure antérieure, le reste étant profondément érodé, souvent réduit à
l’état squelettique. Comme l’a dit Lamartine (Voyage en Orient) dès 1835 :
« Cette terre de la Grèce n’est plus que le linceul d’un peuple, cela
ressemble à un vieux sépulcre dépouillé de ses ossements et dont les pierres
mêmes sont dispersées et brunies par les siècles. »
Aussi en Afrique du Nord, depuis des générations, se poursuit une
déforestation rapide, en étroite relation avec une érosion accélérée et un
profond changement du régime des eaux. Dès la période historique, la
surface boisée de la Berbérie aurait diminué de plus de 10 millions
d’hectares et le taux de boisement serait passé de 30 à 14 %. En Algérie, la
surface boisée ou broussailleuse disparue de 1870 à 1940 peut être évaluée
à un million d’hectares (d’après P. Boudy, Économie forestière nordafricaine, Paris, Larose, tome I, 1948).
Le déboisement a été beaucoup plus brutal en Amérique du Nord, dont
l’est était en grande partie couvert de forêts, sévèrement entamées à l’heure
actuelle. Même au Canada, pourtant resté très boisé (taux de boisement de
43 %), la partie méridionale de son territoire, à vocation agricole, a vu ses
forêts réduites des deux tiers depuis le début de la colonisation. Le volume
des bois sur pied, à l’origine de 3 648 milliards de pieds cubes, n’était plus
Précédent

- 207/621

Suivant