celui des boues charriées par le Nil au moment des crues qui ont fait la
prospérité de l’Égypte : l’unique sol cultivable de ce pays, concentré dans le
delta et sur une étroite bande riveraine, a été amené par le fleuve des hauts
plateaux éthiopiens. Est-il besoin de rappeler, comme l’a dit le géographe
grec Hécatée de Milet, au VI e siècle avant J.-C., que l’Égypte est un don du
Nil ? Tous les milieux naturels du globe tirent leur prospérité de ces
processus érosifs à l’origine de toute vie.
Il n’en est pas de même de l’érosion accélérée qui constitue jusqu’à
aujourd’hui l’impact le plus sérieux et le plus lourd de conséquences de
l’homme dans son environnement. Après les premiers stades de la
modification par l’homme des biotopes climatiques évoquée
précédemment, l’humanité s’accroissant sans cesse a accentué sa pression
sur les terres émergées, en transformant progressivement les habitats
naturels. Certaines portions du globe ont une incontestable vocation
agricole ; une sage gestion peut en maintenir la fertilité à un niveau très
élevé, voire y augmenter la productivité naturelle (fertilité acquise). Mais de
mauvaises pratiques culturales ont provoqué la ruine, parfois irrémédiable,
d’une partie importante du globe. L’homme a alors défriché de nouveaux
territoires, poussé par une « faim de terre » en rapport avec l’augmentation
de ses populations et la destruction des zones précédemment converties en
terres de culture, mais devenues stériles ; l’appât du gain et une sorte de
besoin instinctif de modeler la surface de la terre selon sa volonté ont été
également de puissants déterminants. Il a ainsi empiété sur des terres
marginales, sans vocation agricole, et dont la productivité et l’équilibre
peuvent être assurés seulement par le maintien des biocénoses naturelles, du
moins dans l’état actuel de nos connaissances. La destruction de certains
habitats originels a abouti à des désastres, manifestes aux yeux du
« protecteur de la nature » comme à celui de l’économiste.
Les terres profondément érodées par suite de l’action de l’homme
occupent des superficies à proprement parler stupéfiantes. En 1939,
Bennett
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estimait qu’au cours des quelque 150 ans de l’histoire des ÉtatsUnis, pas moins de 114 millions d’hectares de terres cultivables ont été
ruinés ou sérieusement appauvris ; sur une surface de 313 millions
d’hectares supplémentaires, l’érosion accélérée a enlevé une partie
importante des horizons superficiels constituant la terre arable. La
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