Loin d’être stable et inerte, le sol constitue bien au contraire un milieu
complexe en perpétuel changement, soumis à des lois propres qui régissent
sa formation, son évolution et sa destruction. Il se forme au point de contact
de l’atmosphère, de la lithosphère et de la biosphère ; il participe
intimement à ces mondes si divers, car il a des rapports constitutifs avec le
monde minéral comme avec les êtres organisés. Comme ces derniers, les
sols possèdent un véritable métabolisme. La décomposition des roches
mères sous l’action d’agents physiques variés (facteurs thermiques, vents,
précipitations atmosphériques) et leur transformation par les êtres vivants
constituent des processus anaboliques qui donnent naissance aux terres ; en
revanche celles-ci peuvent être détruites par les mêmes agents dynamiques :
l’ensemble de ces phénomènes, que l’on groupe sous le nom d’érosion,
constitue un véritable catabolisme des couches les plus superficielles de
notre globe.
Bien que comportant toujours les mêmes modalités, l’érosion présente
cependant des intensités différentes, car l’homme peut la modifier dans une
proportion considérable. Il existe une érosion naturelle, que nul ne peut
bien entendu empêcher. Sa vitesse est lente. La disparition d’une partie des
matériaux constituant le sol est compensée au fur et à mesure par la
décomposition de la roche mère et l’apport d’éléments allochtones charriés
par les forces physiques. Les terres se trouvent ainsi normalement en
équilibre, du moins dans les conditions moyennes régnant actuellement à la
surface du globe.
En revanche, à côté de ce phénomène géologique normal, qui fait
partie de l’évolution même de la Terre, existe une érosion accélérée,
phénomène créé, consécutif à une mauvaise gestion du sol dont l’homme
est l’unique responsable et au cours duquel les pertes ne sont plus
compensées par les transformations sur place du substratum géologique ou
les apports alluvionnaires. Cette forme brutale de l’évolution des sols est la
conséquence directe de la modification profonde, voire de la destruction
totale, des habitats originels qui ne sont plus protégés par une couverture
végétale suffisante.
L’érosion naturelle est à l’origine de la fertilité de la terre. La
modification des roches mères engendre les sols « vivants ». Les matériaux
mobilisés par les vents et les pluies enrichissent les lieux où ils
s’accumulent en couches de limons très fertiles. Un exemple classique est
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