contemporaine. Le XX e siècle constitue de ce fait une période unique,
véritable révolution bien plus profonde que les autres volontiers qualifiées
de « grandes ». L’accroissement de notre espèce va encore continuer sur le
même rythme pendant quelques décennies. Il ne pourra cependant se
poursuivre, car cette évolution mènerait inévitablement à une catastrophe.
Ce qui n’est encore qu’un pronostic pour quelques sociologues est une
fatalité inéluctable pour le biologiste. « Laissez faire Vénus, elle vous
amènera Mars », a déjà dit Bergson. Cet axiome ne saurait être mis en doute
pour quiconque s’est penché sur la dynamique des populations et la fin
tragique de toutes les pullulations animales. Les guerres à mobiles
biologiques pourraient en être une des formes appliquées à notre espèce.
D’ores et déjà on peut prédire que des changements considérables
devront intervenir dans les sociétés humaines. Le nombre croissant des
invités au « banquet de la vie » va bouleverser nos structures et nos
concepts classiques et remettre en question tous nos gains sociaux. Le bienêtre matériel de l’humanité, si chèrement acquis, mais aussi sa dignité et sa
culture sont compromis dans leurs fondements, même si, comme l’a prédit
le père Teilhard de Chardin, la compression démographique nous force à un
effort concerté vers la spiritualisation et l’ultrahumanisation.
Il ne nous appartient pas ici de discuter ce problème sous ses angles
philosophiques, sociologiques et économiques. Son aspect biologique suffit
à nous emplir de crainte, au moment où les richesses naturelles sont
sérieusement entamées.
Il faut que l’homme prenne conscience de la gravité de sa propre
pullulation, fait capital qui domine tout notre avenir en même temps qu’il
compromet à tout jamais un heureux équilibre dans la nature. Faire la
politique de l’autruche serait un crime de la part de nos gouvernants. Ne pas
être averti serait de la part de chacun d’entre nous une preuve de faiblesse
mentale. La simplicité tragique du fait démographique le met à la portée de
l’intellect du plus borné des Homo sapiens.
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