de hauts fonctionnaires pourront lire avec beaucoup de profit les pages que
M. Dorst consacre à ces questions (p. 240 à 269), puisque le vote, acquis à
l’unanimité par les deux Assemblées françaises, d’une loi concernant la
démoustication, aux conséquences catastrophiques sur le territoire
national, suffit à prouver combien ce siècle de la recherche scientifique
reste encore, et mieux que tous les autres, celui de l’ignorance.
Il y aurait beaucoup d’autres réflexions, suscitées par cette
remarquable mise au point, qui mériteraient sans doute d’être traduites ici.
Un retour sur nos origines, vers ce premier chapitre ouvert sur l’Homme
d’autrefois, du Paléolithique au Néolithique, sur les luttes qu’il a dû
entreprendre pour sa subsistance et pour sa survivance, met bien l’accent
sur l’opposition entre le comportement des « primitifs », acculés à détruire
pour vivre, juste ce qu’il leur fallait pour se prolonger, et, peu à peu, celui
des « civilisés », conduits par le plaisir sadique du massacre, ou par
l’attirance du lucre, à exterminer tous les individus de multiples espèces
animales, ou la forêt, comme certaines époques et plus d’un pays, du VII e
au XVI e siècle en Europe, nous en ont transmis l’exemple. Le chapitre des
animaux disparus est rédigé dans ce livre avec un souci de développement
et de précision qui mérite d’être mis en exergue. Les exemples cités, ceux du
grand pingouin, du bison, des rhinocéros, du dinornis, nous font frémir de
révolte, non pas seulement par sensibilité, mais parce que nous mesurons
l’effroyable déperdition, réalisée à tout jamais, inexorablement,
irréversiblement, parmi le clavier des êtres créés par la Nature, et dont la
trace, du fait des hommes, s’est évanouie dans l’infini du passé sans que
leur étude, qui pour certains eût pu connaître une importance clé, la
découverte de mécanismes physiologiques, par exemple, ait pu être
réalisée. Mais en même temps que nous apprenons qu’en 1880 plus de
60 000 éléphants ont été exterminés en Afrique, qu’en 1953 750 000 peaux
d’antilopes étaient contrôlées à la sortie des territoires d’Afrique noire
française, et que 2 millions de céphalophes avaient été massacrés en une
seule année, le journal de ce jour nous apporte la nouvelle qu’en deux
journées de chasse, fin novembre 1964, 1 388 cervidés dont 43 cerfs,
62 biches et 1 283 chevreuils avaient été abattus, avec l’accord des
pouvoirs publics, dans le seul département français des Landes.
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