sont très nombreuses
11
; de plus, entraînant une moindre résistance de
l’organisme, elles favorisent les maladies « classiques » (tuberculose,
typhus, trachomes, parasitoses).
La faim endémique entraîne donc un lamentable cortège de maux
physiologiques et pathologiques. Elle marque aussi les hommes dans leur
âme, les « déshumanise » plus que tout autre facteur du milieu. La paresse,
l’apathie, le fatalisme qui rongent certaines sociétés humaines sont les
conséquences de la malnutrition dont ceux-ci souffrent depuis longtemps
déjà sinon depuis toujours.
À l’heure actuelle, la sous-alimentation chronique et les carences
nutritionnelles constituent d’ores et déjà des problèmes aigus. De multiples
enquêtes ont été entreprises à travers le monde pour chiffrer l’importance
du déficit alimentaire et pour estimer la proportion d’humains qui en sont
les victimes. Les résultats les plus disparates ont été publiés. La FAO et son
directeur n’ont pas craint d’avancer dès 1950 sur la foi de statistiques
basées sur les productions agricoles, le nombre d’habitants et le régime
alimentaire courant dans chacun des pays du globe, que les deux tiers de
l’humanité souffraient de faim (J. B. Orr, Scientific American, 183, 11,
1950 ; voir aussi FAO, Second World Food Survey, 1952). Ces affirmations
se sont depuis révélées sans fondement réel, les conclusions reposant sur
des erreurs manifestes, certaines grossières, faites lors des enquêtes et lors
de l’interprétation statistique des résultats. D’après des données plus
récentes, les experts ont ramené ce chiffre à environ 10-15 % (voir Colin
Clark, 1963), ce qui a d’ailleurs été admis par la FAO (Third World Food
Survey). Ces dernières évaluations nous paraissent cependant trop
optimistes.
Ces divergences d’opinions ont des raisons très diverses. Il faut avant
tout se garder de prendre comme termes de comparaison les régimes
alimentaires des Européens et des Nord-Américains, car ceux-ci sont
manifestement trop riches, autre forme de malnutrition. De plus il est très
difficile d’établir avec exactitude un bilan alimentaire pour tous les humains
à travers le monde, d’obtenir des chiffres globaux significatifs et d’analyser
ensuite ceux-ci avec rigueur par le calcul statistique. La moindre erreur
d’interprétation aboutit à des non-sens dont la fausseté n’est pas toujours
apparente. Et certains informateurs n’ont de loin pas fait preuve
d’impartialité dans leurs conclusions, les déformant en fonction de ce qu’ils
Précédent

- 186/621

Suivant