l’endiguement et l’aménagement de terrasses (probablement aux alentours
de 4000 avant J.-C. dans la basse vallée du Nil et en Mésopotamie ; ces
techniques ont apparu par ailleurs en Chine, dans la vallée du fleuve Jaune,
et en Amérique du Sud et centrale) ont attiré de grandes concentrations
humaines en certains lieux privilégiés.
Dans l’ensemble, les populations restèrent cependant faibles au cours
de l’Antiquité. L’Empire romain comprenait environ 54 millions d’habitants
à la mort d’Auguste en 14 après J.-C., avec une densité moyenne de
16 habitants au km 2 (l’Égypte avait alors 179 habitants au km 2 , l’Italie
environ 24). En Chine, sous les Han, soit au début de l’ère chrétienne, il y
aurait eu environ 60 millions d’habitants (70 millions selon certains
auteurs). L’Inde comptait entre 100 et 140 millions d’habitants à l’époque
d’Asoka, au II e siècle avant J.-C.
Puis la population se multiplia par deux ou trois entre les premières
années de l’ère chrétienne et le début des temps modernes, atteignant
globalement de 500 à 550 millions au milieu du XVII e siècle, ce qui
implique un accroissement moyen annuel compris entre 0,5 ‰ et 1 ‰. En
Europe une étroite corrélation entre l’augmentation de la population établie
au nord des Alpes et des Carpathes et les progrès du défrichement est
clairement visible, simple cas particulier d’une loi écologique valable pour
toutes les populations animales (accroissement des populations avec la
surface habitable et la quantité de nourriture disponibles). Loin d’être
régulier, cet accroissement décrivit d’énormes fluctuations consécutives aux
épidémies, aux guerres et à l’arrêt du défrichement et de l’entretien des
cultures qui en furent les séquelles
2
.
En France, la population estimée à 6,7 millions au moment de la
conquête romaine fut portée à 8,5 millions sous les Antonins, mais ne
dépassa guère ce niveau jusqu’à Charlemagne. Puis elle augmenta d’une
manière régulière, atteignant 20 millions environ au milieu du XIII e siècle.
Pendant la guerre de Cent Ans, elle diminua d’un tiers ou même de moitié,
puis elle augmenta à nouveau jusqu’au XVI e siècle pour diminuer ensuite
pendant les guerres de Religion. Ultérieurement, l’augmentation lente, mais
régulière, porta la population française à environ 18 millions en 1712 ; cette
tendance se poursuivit jusqu’à la Révolution.
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