Nous nous bornerons à enregistrer des faits. Ceux-ci sont suffisamment
parlants pour nous éviter de prendre parti dans des controverses
d’économistes, aussi intéressantes soient-elles sur le plan de l’écologie
humaine. Le biologique et le psychologique s’y mêlent pour compliquer des
problèmes que les naturalistes ont bien de la peine à étudier et à comprendre
dans le cas d’animaux dépourvus de ce qu’il est convenu d’appeler la
raison.
Nous ne craignons pas d’affirmer en préliminaire que le problème de
la surpopulation est le plus angoissant de tous ceux auxquels nous avons à
faire face dans les temps modernes. Et peu d’entre nous en ont conscience,
du fait de sa nouveauté et de tout l’obscurantisme qui en masque encore la
gravité. L’excédent de population ne risque pas seulement de compromettre
le sort de la flore et de la faune sauvages, il menace bien plus la survie de
l’humanité tout entière, avec ce qui fait la civilisation et la dignité même de
l’homme.
1. L’homme avant les temps modernes
Les hommes modernes, Homo sapiens, sont apparus sur terre il y a
200 000 ans environ. Au cours des premières phases de leur histoire et
même jusqu’à l’avènement des temps modernes, leurs populations furent
soumises d’une manière frappante aux lois générales de l’écologie. Leur
densité était alors intimement liée à la capacité de production, un facteur
limitant très efficace. L’accroissement démographique était proportionnel à
l’excédent d’espace et de nourriture disponibles. Les progrès techniques ont
permis le défrichement de plus en plus rapide et aisé ; ils ont augmenté les
rendements pastoraux et agricoles, et, d’une manière parallèle, ont
déterminé une augmentation des effectifs humains.
Au cours du Paléolithique, les populations furent bien entendu très
faibles et très largement dispersées
1
. Au cours du Néolithique – soit en 8000
ou 7000 avant J.-C. –, l’économie humaine s’établit sur de nouvelles bases
dans le Bassin méditerranéen oriental grâce au développement de l’élevage
et de la culture. Un changement de palier quant aux aliments disponibles a
permis une augmentation des effectifs. Les progrès de l’agriculture,
Précédent

- 172/621

Suivant