explorer la région de Yellowstone. Émerveillés par le spectacle grandiose de
cette partie des montagnes Rocheuses, ils entamèrent une campagne qui
aboutit à la promulgation de la loi du 1 er mars 1872, établissant le premier
parc national aux États-Unis, « as a public park of pleasure ground for the
benefit and the enjoyment of the people » comme le spécifie le texte
législatif. Juste retour des choses, après la dévastation de tout le continent
nord-américain (Ise, 1961).
Ce n’est pas à des exigences de l’opinion publique que l’on doit ces
créations, mais bien plus à la clairvoyance et à la ténacité de quelques
pionniers isolés.
Sous l’influence d’hommes de cette trempe, le concept de protection
de la nature se généralisa peu à peu à travers le monde et la plupart des pays
promulguèrent des lois visant à la constitution de réserves : l’idée
dominante était la délimitation de zones où la faune et la flore étaient mises
à l’abri de l’homme et où elles pouvaient reconstituer leurs stocks si
appauvris ailleurs. Il s’agissait donc de protéger en interdisant toute activité
humaine dans des portions de territoires conservant leurs conditions
originelles. Ces mesures concernaient non seulement les animaux, surtout la
grande faune menacée d’une manière particulièrement spectaculaire, mais
aussi les paysages, en un mot tous les « monuments naturels » pour
reprendre l’expression d’Alexandre de Humboldt.
Pendant cette phase première, on a ainsi cru qu’il suffisait de soustraire
un territoire à toute influence humaine pour convertir celui-ci en un
« paradis d’animaux ». On s’est bien vite aperçu de cette erreur, car rien
n’est stable dans la nature, dont l’équilibre, loin d’être statique, est au
contraire toujours dynamique. On peut admettre que dans les réserves de
très grande superficie, les diverses forces naturelles en jeu s’exercent
librement, sans qu’aucune ne soit modifiée par l’action de l’homme dans les
territoires avoisinants. Mais dès que la superficie tombe en dessous d’un
certain seuil, ces forces se trouvent profondément modifiées par les
influences extérieures. On aboutit alors à de graves déséquilibres dont
pâtissent au premier chef les êtres vivants que l’on veut protéger. Aussi
l’homme est-il le plus souvent obligé d’intervenir à l’intérieur des zones
mises en défens pour contrebalancer certaines influences que l’on ne peut
éliminer. Encore faut-il qu’il le fasse à bon escient ! Un préjugé défavorable
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