protection de la grande faune et à la préservation d’une partie du couvert
forestier.
On pourrait également évoquer de très nombreux exemples en Asie, où
dans certaines régions les concepts philosophiques et religieux poussent
l’homme à préserver la nature et les êtres vivants. Certaines législations
prescrivant des mesures de conservation sont d’ailleurs bien antérieures à
celles que nous avons rappelées quant à l’Europe. Tels sont en particulier
les édits de l’empereur indien Asoka, qui, aux alentours de 242 avant J.-C.,
accordait sa protection aux Poissons, aux animaux terrestres et aux forêts
(certaines d’entre elles appelées Abhayarana étaient de vraies réserves
naturelles intégrales). D’autres souverains asiatiques proclamèrent des lois
appropriées, comme en témoignent celles de Qoubilaï, le « Grand Sire »
mongol ; d’après Marco Polo, celui-ci interdisait la chasse pendant les
périodes de reproduction des oiseaux et des mammifères.
En dépit de l’action de ces précurseurs, il faut cependant attendre la
seconde moitié du XIX e siècle pour que l’opinion publique soit assez mûre
et comprenne la nécessité de mettre en réserve des portions du globe pour le
seul bénéfice de la vie sauvage.
La première réserve naturelle semble avoir été établie sous le second
Empire en France, dans la forêt de Fontainebleau. Dès 1853, un groupe de
peintres faisant partie de la fameuse « école de Barbizon » avait été à
l’origine du classement de « séries artistiques », d’une superficie totale de
624 ha ; le décret du 13 août 1861 sanctionna cette mesure.
En fait la conception de réserves de grande superficie a pris naissance
aux États-Unis, ce qui s’explique aisément par le contexte historique et
psychologique. Au siècle dernier, les dévastations catastrophiques dont ce
pays fut le théâtre ne pouvaient manquer de déclencher de salutaires
réactions. Et par ailleurs les espaces libres étaient encore suffisamment
vastes pour permettre une mise en réserve à grande échelle. Dès 1864, sur
l’initiative de John Muir, que beaucoup considèrent comme le père de la
conservation en Amérique, le Congrès américain céda la vallée de Yosemite
et le Mariposa Grove à l’État de Californie pour y établir une réserve
naturelle, protéger les Séquoias et maintenir ces districts dans leur état
originel pour le bien public. L’idée de parc national germa par ailleurs dans
l’esprit de quelques particuliers, qui, en 1870, avaient passé six semaines à
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