Le continent noir était loin d’être « vierge » à l’arrivée des Européens.
Il portait déjà de profondes empreintes de l’action de l’homme, et, en
dehors des régions forestières humides, il est probable que les habitats
avaient été déjà modifiés par la pratique des feux de brousse et les cultures
itinérantes. Des signes de dégradation des sols étaient déjà perceptibles.
Mais la densité de la population africaine, décimée par les maladies et
l’esclavage, était particulièrement faible. L’Afrique était pratiquement vide,
contraste saisissant avec d’autres parties du monde déjà surpeuplées, en
particulier le Sud-Est asiatique.
La faune africaine se trouvait dans un état remarquable. L’arrivée des
Blancs allait modifier entièrement la situation. Au cours d’une première
phase, celle des explorateurs, des chasseurs et des trafiquants – la seule que
nous envisagerons ici –, on procéda avant tout à une exploitation des
ressources naturelles, sans mise en valeur et sans colonisation véritable des
terres, sauf en Afrique australe.
L’Afrique héberge une faune très particulière, parmi laquelle les
Mammifères Ongulés, constituant un ensemble faunistique unique au
monde par sa diversité. Ces animaux représentent les derniers survivants
d’un complexe biologique au passé géologique dense, disparu ailleurs sous
cette forme. Si les Ongulés sont encore représentés dans le monde entier, ils
n’atteignent nulle part une telle spécialisation et une telle diversification.
La plupart de ces animaux, hautement évolués et écologiquement très
sensibles, dépendent étroitement de leur milieu. Leur régime alimentaire,
les grandes dimensions de leur domaine vital (beaucoup se livrent à des
déplacements de vaste amplitude à allure de migrations en rapport avec le
cycle climatique saisonnier et les fluctuations du couvert végétal), les
rendent bien entendu vulnérables. Ces conditions expliquent les ravages que
ne tardèrent pas à commettre les Européens dès qu’ils pénétrèrent dans le
continent noir, soit directement par la chasse, qui dégénéra vite en
massacre, soit indirectement par la modification des habitats naturels.
Il faut, bien entendu, imaginer les réactions des premiers explorateurs
et de ceux qui les ont immédiatement suivis. La vue des énormes troupeaux
qui couvraient des plaines entières ne pouvait qu’impressionner des
hommes dans la patrie desquels les grands Mammifères avaient depuis
longtemps disparu. Comme en Amérique du Nord dans le cas des troupeaux
de Bisons, les milliers d’Éléphants, d’Antilopes de toutes espèces, de
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