la matière première. Mais plusieurs d’entre elles étant encore relativement
communes quand ces pratiques furent abandonnées, il ne semble pas que
l’extinction d’un quelconque Drépanididé leur soit imputable (fig. 18).
Aussi c’est dans la colonisation européenne et ses séquelles qu’il faut
voir les causes de leur raréfaction et de leur extermination. La déforestation
massive, surtout dans les régions basses, a joué le plus grand rôle
31
. La
plupart des oiseaux, étant inféodés à un régime alimentaire strict, ont
disparu avec les plantes dont ils tiraient leur nourriture. L’excès de
spécialisation a été à l’origine de leur perte. Les Rats, volontiers
arboricoles, ont eux aussi porté de graves préjudices aux oiseaux
autochtones
32
.
Une chasse intensive, la modification des habitats naturels et la
prédation par les Mammifères introduits causèrent la perte de l’Oie néné
Branta sandvicensis, espèce bien différenciée propre aux îles Hawaii bien
qu’apparentée aux Bernaches nord-américaines. Les effectifs de ce
Palmipède, autrefois répandu à travers tous les habitats ouverts de l’île
d’Hawaii, ont décru rapidement jusqu’à ne plus compter qu’une trentaine de
sujets en 1951. Nous verrons que seul l’élevage en captivité a permis de
sauver cette espèce d’une extinction totale.
Notons qu’une autre forme d’activité humaine a été gravement
préjudiciable aux oiseaux du Pacifique : celle qui consistait à les chasser
pour leur utilisation en plumasserie. Les Japonais, qui s’étaient acquis une
grande réputation dans ce domaine, exploitèrent à une échelle véritablement
industrielle les populations aviennes, non seulement de leur propre pays et
des îles limitrophes, mais même de territoires beaucoup plus lointains. Ils
organisèrent des expéditions de collecte à travers tout le Pacifique, se
livrant partout à de véritables hécatombes. Le plus tragique exemple est
celui de l’Albatros de Steller Diomedea albatrus, répandu sur une large
partie du Pacifique, mais ne nichant qu’en un petit nombre de colonies
établies notamment sur quelques îlots des archipels des Sept Îles
(Torishima) et Bonin. Ils y étaient chassés à outrance par les collecteurs
japonais qui n’avaient aucun mal à massacrer les oiseaux à terre. De
nombreux détails sont connus quant aux procédés d’extermination à
Torishima. Au moment de la nidification, les Japonais tuaient les oiseaux en
train de couver à coups de bâton et en collectaient ainsi de 100 à 200 par
jour. On estime qu’entre 1877 et 1903 plus de 500 000 Albatros furent ainsi
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