8.3 Donner un prix à la diversité biologique?
197
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
principe mène à la brevetabilité du vivant, à la reconnaissance des
droits de propriété intellectuelle et à l’introduction de redevances (voir
chapitre 7).
Le langage de l’économiste est ainsi devenu un langage de négociation
susceptible d’harmoniser des intérêts divergents et d’orienter les décisions dans les échanges et les conflits. Les économistes deviennent alors,
en théorie tout au moins, des médiateurs entre les scientifiques, les
mouvements de conservation, les décideurs et les opérateurs.
8.3.1 Que vaut l’ensemble des écosystèmes?
Les écosystèmes et leurs composantes sont à la fois un capital naturel
et un générateur de services, sous l’angle des usages que l’on en fait
actuellement ou que l’on pourrait en faire dans le futur. La confrontation
de l’offre et de la demande définit la notion de service, qui peut être
une valeur de loisir (promenade, baignade, pêche, chasse, cueillette), une
valeur écologique, une valeur en tant que facteur de production (énergie,
ressources en eau, ressources biologiques, etc.).
Une équipe d’écologistes, d’économistes et de géographes a tenté
d’évaluer monétairement les services rendus chaque année à l’humanité par l’ensemble des écosystèmes du globe. Ils ont identifié dix-sept
catégories de services rendus par les écosystèmes terrestres et aquatiques (tableau 8.2) et se sont appuyés sur une compilation d’études
économiques disponibles en matière d’évaluation de l’environnement
pour parvenir à une fourchette de 16 000 à 54 000 milliards de dollars
par an, ce qui correspond (à titre d’ordre de grandeur) à près de 2 fois
le produit national brut annuel de l’ensemble des pays.
Lorsqu’on compare ces évaluations pour différents types d’écosystèmes, les valeurs moyennes en dollars par hectare et par an varient de
577 pour les systèmes marins à 804 pour les systèmes terrestres, 969
pour les forêts, 8500 pour les lacs et rivières, 14 785 pour les zones
humides. En proportion cependant, les océans contribuent pour 63% à
la valeur globale, les zones humides pour 14,5% et les forêts pour 14%.
En matière de biens et services, les cycles de nutriments contribuent
pour plus de 50% au total global. La production de nourriture et
l’approvisionnement en eau ne représentent respectivement que 4 et
5% du total.
Ce travail a suscité de nombreuses réactions mettant en doute la
pertinence des méthodes et des évaluations. Les auteurs reconnaissent
volontiers que les marges d’erreur sont très grandes. En réalité il
s’agissait plutôt de frapper les imaginations par les ordres de grandeurs
Précédent

- 210/274

Suivant