Éloge de la pêche et des pêcheurs -l.7 '
exploits physiques pour se débarrasser du fer meurtrier, ses
ruses, ses crochets pour s’éloigner de l’épicentre du danger
et gagner un refuge salvateur, le rituel de la capture est générateur de sensations d’autant plus violemment ressenties que
l’homme ne voit pas sa proie. il imagine. il espère. À lasensibilité tactile du combat s’ajoutent la curiosité d’identifier
l’adversaire et l’angoisse de le perdre. Tant qu’il n’a pas
réussi à hisser sa victime à bord, le pêcheur craint de vivre
un mauvais rêve, àla manière de ces songes voluptueux interrompus par la sonnerie du réveil. Quand, enfin vainqueur,
il contemple sa victime à ses pieds, éblouissante dans sa robe
de lumière qui s’altère au contact de notre atmosphère, un
plaisir paroxystique envahit ses veines.
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Plus d’émotions encore lui sont octroyées lorsqu’il tombe
sur un banc en folie. il est capable de remplir son cockpit
en
quelques minutes. Thons, bars, maquereaux, tarpons,
bonites, pris de frénésie se disputent les vifs ou les cuillers
à peine jetés à l’eau. La mer bouillonne. Elle accompagne
ce ballet mortel d’une étrange musique. La jouissance de
la capture est multipliée par dix ou vingt, l’utopie est réali—
sée, le miracle accompli, l’instinct ancestral de la nourriture
assouvi au—delà du superflu.
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Plus le poisson est pesant, plus la joie est complète. Qui n’a
pas rêvé de gaffer-le bar de dix kilos, le maigre de trente
kilos, la liche ou la caranque de cinquante kilos et ces << toutgros >> auprès desquels leurs vainqueurs font figure de grin—
galets? Je comprends que Clostermann songe aux monstres
abyssaux : << Le poulpe décapode qui pourrait atteindre une
quarantaine de mètres de long >>, << Un vrai serpent de mer,
long de vingt—cinq mètres avec quatre ou cinq mètres de tour
de taille >>, << Un requin de quinze à trente tonnes >>1.
La pêche en mer apporte son lot d’émotions fortes que ne
dédaignent pas les tempéraments robustes. Ce n’est pas
l’Himalaya, ni le cap Horn. C’est quand même plus corsé
que le golf ou la pétanque. Depuis que je pêche, j’ai frôlé
plusieurs fois de sérieux pépins. Je préfère chasser de ma
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mémoire une ou deux aventures désagréables. Cela ne
m’était guère arrivé en course—croisière. La revue Bateaux
décrit ainsi un poste à bars que je fréquente : << Cette pointe
aux abords malsains doit être arrondie d’au moins trois cents
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