Biodiversitéet société
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L’exemple qui suit illustre d’autres aspects de la difficulté. Lors des grands
incendies des forêts de pins dans les Landes, il y a quelques années, l’évaluation
des pertes économiques immédiates et à moyen terme fut relativement facile à
établir (une seule ressource biologique était en cause). Il faut remarquer à cette
occasion que seul a été publié dans la grande presse le manque à gagner pour les
exploitations forestières et pour le tourisme. Le coût indirect pour le système
social soutenu par l’Etat n’a pas été évoqué, pas plus que le coût écologique.
Ceci montre clairement que les risques de disparition d’une ressource biolo—
gique à cause de l’incendie eSt parfaitement mesurable etque ”chacun l’évalue
selon sa perception : les exploitants forestiers et les professionnels'du tourisme
attachés à la valeur d’usage sont les plus prompts et les plus précis dans leur
réaction. La communauté locale et nationale n’est par contre pas encore suffisa—
ment instruite de l’intérêt général des ressources biologiques pour s’être souciée
du coût écologique et du coût social. Les collectivités locales qui ont dû payer
ces dépenses ont simplement réagi en rappelant les règles de bonne gestion
forestière et en annonçant que << des moyens nouveaux » seraient affectés aux
actions de protection. Ces mesures seront—elles suffisantes ‘? L’avenir le dira, le
risque est donc assumé. Personne ne s’est publiquement interrogé à l’époque
pour savoir si la disparition des pins aurait une conséquence écologique géné—
rale mesurable. ll est d’ailleurs probable que, globalement, la réponse aurait été
négative : la contribution de quelques hectares de pins au cycle du carbone sur
l’ensemble de la biosphère n’est pas significative et la quantité de gaz carbo—
nique dégagée brutalement par l’incendie n’a pas accru instantanément l’effet
de serre ni changé le climat. Enfin si l’on revient sur les parcelles incendiées,
quatre ans après l’évènement, on constate que, même en l’absence d’une action
de replantation, une végétation arbustive nouvelle s’est développée... Lorsqu’au
siècle dernier les pins ont été plantés systématiquement dans les Landes, la
végétation qui y existait n’a pas complètement disparu. L’homme a procédé à
une augmentation locale de biodiversité et il n’est pas surprenant qu’après
l’incendie une lande recompose le paysage. Vues depuis les satellites, exami—
nées et caractérisées selon les méthodes des grands programmes de surveillance
de la planète (changement global), ces parcelles ont retrouvé leur valeur
d’antan. Elles contribuent à nouveau, modestement (peut—être différemment),
au fonctionnement général de la biosphère et la conclusion est qùe la nature a
effacé la perturbation. A cette échelle, le feu n’apparaît donc pas comme un
risque important. Vue par le botaniste ou le visiteur venu apprécier le paysage,
cette végétation est un monde nouveau : aux arbres élevés tous de la même
espèce (pin) ont succédé des arbustes et des broussailles d’espèces variées, et
des animaux (insectes, oiseaux)bnt fait souche. Cette diversité intéressante
pour le biologiste lui permet de découvrir le potentiel de certaines espèces : les
pionnières, qui se sont installées d’abord, et Ont permis d’autres arrivées grâce à
la transformation du milieu qu’elles ont imposée. On voit s’établir progressive—
ment toute une succession de végétaux aux propriétés variées dans_l’espace que
le feu a dégagé. Le citadin arrivant avec l’idée de rencontrer un paysage d’apo—
calypse est tout étonné de cette abondance végétale mais rapidement il
s’éloigne : cet endroit est devenu impénétrable, les broussailles repoussent
l’homme, il n’ a rien à y faire. Le forestier enfin est loin d’y trouver
son compte:
non seulement ces espèces n’ont pour lui aucun intérêt économique, mais 1l_doit
dépenser du temps et de l’argent pour nettoyer et replanter les arbres qui l inte—
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