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Biodiversité et société
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L’arbitrage est difficile, car la sensibilité et la compétence du public en
.matière de biologie et d’environnement sont limitées. Beaucoup s’estiment peu
qualifiés pour juger du bien fondé des sombres prévisions écologiques des
experts, et ils préfèrent attendre les premières catastrophes pour se sentir
concernés. Cette indifférence trouve en partie son origine dans une éducation
qui, en France notamment, n’amène guère les jeunes à percevoir l’existence de
la diversité et de la beauté du monde et de tous ses habitants.
La question du déséquilibre entre rythmes d’extinction et apparition de
formes vivantes est même systématiquement ignorée. Confiante en sa bonne
étoile, sûre de son intelligence (biotechnologies), notre société continue en pra—
tique à se conduire comme si les ressources naturelles étaient inépuisables.
D’ailleurs même s’il appelle de ses vœux une politique de conservation, le Noé
moderne hésite sur ce qu’il doit conserver (des ours ou des bactéries ?) et sur les
sacrifices à consentir...
É.
bieËogäque
-
La prise de conscience d’une accélération dans la réduction de la biodiversité
n’entraîne pas aisément des décisions, car deux incertitudes l’accompagnent :
d’une part la très grande variété des situations naturelles incite à se méfier des
généralisations ; d’autre part l’homme a déjà eu une inuence importante dans
la structuration des paysages. Traverser un jour d’été les vallonnements de la
Saintonge procure une rassurante impression d’harmonie : les sommets sont
couronnés de bois de chênes, et aussi de pins ( introduits en majorité des Landes
de Gascogne). Les vignes (apportées et plantées par les Romains) dessinent des
ensembles géométriques sur les pentes où les tournesols (importés d’Amérique
via la Russie) mettent de puissantes taches jaunes. Au fond des vallons, des
vaches (venues de Frise) attendent un peu de fraîcheur. L’homme est omnipré—
sent, ce paysage est son oeuvre. Qu’est—il advenu des animaux et des plantes qui
peuplaient ces lieux il y a 2 000 ans ? Qu’adviendra—t—il si un changement de
climat ou de politique agricole remet en cause la présence des occupants
actuels ? Ont—ils la capacité de faire face et de se maintenir ou cèderont—ils la
place à des friches sur lesquelles une forêt nouvelle s’installera ? Sans l’homme,
les vaches, le tournesol et la vigne ne persisteront pas longtemps. La décision de
remplacement sera—t—elle laissée au hasard ou guidée par une vision délibérée
du paysage ? L’hésitation à répondre est grande. Les différentes expériences de
reconquête des friches industrielles et des terrils par la végétation sont pourtant
déjà là pour nourrir la réexion. Dans ces milieux artificiels, des plantes sau—
vages s’installent spontanément, quelques variétés d’espèces partiellement
domestiquées (bouleaux, pins) sont implantées par les aménageurs. D’une
façon générale, l’homme peut donc décider partiellement de la reconquête d’un
milieu même si ses moyens d’intervention ne sont pas illimités. Par ailleurs le
coût et le profit entrent dans la décision d’utiliser certaines espèces dans la créa—
tion d’un nouvel écosystème. Certaines races ou variétés, en dépit de leur patri—
moine génétique original, sont abandonnées parce qu’elles ne suscitent l’intérêt
direct d’aucun opérateur...
,
Le problème se pose d’ailleurs de façon variée selon la nature des êtres
considérés et des situations. Si des associations privées et des institutions
Biodiversité et société
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L’arbitrage est difficile, car la sensibilité et la compétence du public en
.matière de biologie et d’environnement sont limitées. Beaucoup s’estiment peu
qualifiés pour juger du bien fondé des sombres prévisions écologiques des
experts, et ils préfèrent attendre les premières catastrophes pour se sentir
concernés. Cette indifférence trouve en partie son origine dans une éducation
qui, en France notamment, n’amène guère les jeunes à percevoir l’existence de
la diversité et de la beauté du monde et de tous ses habitants.
La question du déséquilibre entre rythmes d’extinction et apparition de
formes vivantes est même systématiquement ignorée. Confiante en sa bonne
étoile, sûre de son intelligence (biotechnologies), notre société continue en pra—
tique à se conduire comme si les ressources naturelles étaient inépuisables.
D’ailleurs même s’il appelle de ses vœux une politique de conservation, le Noé
moderne hésite sur ce qu’il doit conserver (des ours ou des bactéries ?) et sur les
sacrifices à consentir...
É.
bieËogäque
-
La prise de conscience d’une accélération dans la réduction de la biodiversité
n’entraîne pas aisément des décisions, car deux incertitudes l’accompagnent :
d’une part la très grande variété des situations naturelles incite à se méfier des
généralisations ; d’autre part l’homme a déjà eu une inuence importante dans
la structuration des paysages. Traverser un jour d’été les vallonnements de la
Saintonge procure une rassurante impression d’harmonie : les sommets sont
couronnés de bois de chênes, et aussi de pins ( introduits en majorité des Landes
de Gascogne). Les vignes (apportées et plantées par les Romains) dessinent des
ensembles géométriques sur les pentes où les tournesols (importés d’Amérique
via la Russie) mettent de puissantes taches jaunes. Au fond des vallons, des
vaches (venues de Frise) attendent un peu de fraîcheur. L’homme est omnipré—
sent, ce paysage est son oeuvre. Qu’est—il advenu des animaux et des plantes qui
peuplaient ces lieux il y a 2 000 ans ? Qu’adviendra—t—il si un changement de
climat ou de politique agricole remet en cause la présence des occupants
actuels ? Ont—ils la capacité de faire face et de se maintenir ou cèderont—ils la
place à des friches sur lesquelles une forêt nouvelle s’installera ? Sans l’homme,
les vaches, le tournesol et la vigne ne persisteront pas longtemps. La décision de
remplacement sera—t—elle laissée au hasard ou guidée par une vision délibérée
du paysage ? L’hésitation à répondre est grande. Les différentes expériences de
reconquête des friches industrielles et des terrils par la végétation sont pourtant
déjà là pour nourrir la réexion. Dans ces milieux artificiels, des plantes sau—
vages s’installent spontanément, quelques variétés d’espèces partiellement
domestiquées (bouleaux, pins) sont implantées par les aménageurs. D’une
façon générale, l’homme peut donc décider partiellement de la reconquête d’un
milieu même si ses moyens d’intervention ne sont pas illimités. Par ailleurs le
coût et le profit entrent dans la décision d’utiliser certaines espèces dans la créa—
tion d’un nouvel écosystème. Certaines races ou variétés, en dépit de leur patri—
moine génétique original, sont abandonnées parce qu’elles ne suscitent l’intérêt
direct d’aucun opérateur...
,
Le problème se pose d’ailleurs de façon variée selon la nature des êtres
considérés et des situations. Si des associations privées et des institutions
