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BIODIVERSÏTE ET ENVIRONNEMENT
des années 80, la FAO évalue la réduction du domaine forestier mondial à
quelques 17 millions d’hectares par an. Sous la pression de la croissance démo—
graphique, les nécessités de la survie poussent les populations pauvres à cher—
cher plus d’énergie pour le chauffage ou de sols pour la culture. Parallèlement,
le besoin croissant des pays riches en bois de qualité accélère le rythme de
l’exploitation forestière. Cette fois encore, de grands écosystèmes se réduisent
progressivement et les scientifiques ont plusieurs raisons fondamentales d’alar—
mer la communauté internationale. Ces forêts tropicales possèdent une grande
diversité biologique ; elles renferment des milliers, voire des millions,
d’espèces inconnues (plantes, animaux, microorganismes) et nous assistons àla
disparition d’un patrimoine avant même que sa richesse ait été évaluée. De plus,
ces écosystèmes forestiers ont fixé depuis des millénaires des quantités considé—
rables de carbone. Libérés par l’exploitation humaine, ces stocks entrent dans le
cycle de cet élément, modifient les flux de gaz carbonique et peuvent agir à
terme sur le climat. Nul ne sait avec exactitude à partir de quel facteur de réduc—
tion des forêts tropicales ces fonctions seront significativement affectées ni
quelles compensations pourraient intervenir. En maintenant ou augmentant le
rythme d’exploitation actuel, nous agissons sur l’évolution future de la bio—
sphère sans vraiment nous en rendre compte ; nous prenons des risques en
aveugles. Enfin, plus inquiétant encore, nous ne sommes même pas certains
qu’en mettant en danger leur avenir, les sociétés humaines trouvent dans cette
transformation radicale des écosystèmes une solution à leurs difficultés immé—
diates...
Plus généralement, la société réalise que les ressources biologiques exploi—
tables sont limitées et que son activité transforme globalement le milieu. Elle
s’inquiète de l’avenir et formule trois grandes questions : La première est
scientique ; elle concerne l’origine et l’étendue de la biodiversité, son rôle
dans les écosystèmes, son adaptabilité en réponse aux changements environne—
mentaux naturels ou provoqués par l’homme, les rythmes et les voies de son
évolution ou de son rétablissement. La seconde porte sur l’impact de
l’homme, la sélectivité des prélèvements qu’il effectue, la rapidité et la compa—
tibilité de son action avec les processus d’évolution et de restauration. Ceci doit
être examiné sous un angle économique en évaluant l’étendue réellement disponible des ressources naturelles et en identifiant les situations où l’épuisement
est proche. La troisième interrogation ouvre sur un choix de société : com—
ment soutenir un développement qui réponde aux besoins du présent sans com—
promettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ? En 1987, le
rapport << Notre avenir à tous >> de la Commission Mondiale sur l’Environne—
ment et le Développement (rapport Bruntland) présenté à l’Assemblée Générale
des Nations Unies a explicité cette notion de développement durable, qui
généralise l’attitude paysanne de << gestion en bon père de famille ». Si l’idée
n’a pas rencontré d’opposition majeure, il reste que sa traduction en actes qudti—
diens est loin de s’imposer à tous. Ces trois questions sont directement liées et
les réponses àla première, que les démarches de recherche exposées ci—dessous
v1sent entre autre à obtenir, devraient éclairer la réflexion sur les deux autres.
En France même, et plus généralement dans les pays tempérés de l’Ouest
Européen,
la prise de conscience collective des problèmes de l’avenir de la bio—
diversité
est aussi due à des modifications importantes des écosystèmes. La disparition d’espèces, de paysages familiers, de cadres de vie auxquels les hommes
BIODIVERSÏTE ET ENVIRONNEMENT
des années 80, la FAO évalue la réduction du domaine forestier mondial à
quelques 17 millions d’hectares par an. Sous la pression de la croissance démo—
graphique, les nécessités de la survie poussent les populations pauvres à cher—
cher plus d’énergie pour le chauffage ou de sols pour la culture. Parallèlement,
le besoin croissant des pays riches en bois de qualité accélère le rythme de
l’exploitation forestière. Cette fois encore, de grands écosystèmes se réduisent
progressivement et les scientifiques ont plusieurs raisons fondamentales d’alar—
mer la communauté internationale. Ces forêts tropicales possèdent une grande
diversité biologique ; elles renferment des milliers, voire des millions,
d’espèces inconnues (plantes, animaux, microorganismes) et nous assistons àla
disparition d’un patrimoine avant même que sa richesse ait été évaluée. De plus,
ces écosystèmes forestiers ont fixé depuis des millénaires des quantités considé—
rables de carbone. Libérés par l’exploitation humaine, ces stocks entrent dans le
cycle de cet élément, modifient les flux de gaz carbonique et peuvent agir à
terme sur le climat. Nul ne sait avec exactitude à partir de quel facteur de réduc—
tion des forêts tropicales ces fonctions seront significativement affectées ni
quelles compensations pourraient intervenir. En maintenant ou augmentant le
rythme d’exploitation actuel, nous agissons sur l’évolution future de la bio—
sphère sans vraiment nous en rendre compte ; nous prenons des risques en
aveugles. Enfin, plus inquiétant encore, nous ne sommes même pas certains
qu’en mettant en danger leur avenir, les sociétés humaines trouvent dans cette
transformation radicale des écosystèmes une solution à leurs difficultés immé—
diates...
Plus généralement, la société réalise que les ressources biologiques exploi—
tables sont limitées et que son activité transforme globalement le milieu. Elle
s’inquiète de l’avenir et formule trois grandes questions : La première est
scientique ; elle concerne l’origine et l’étendue de la biodiversité, son rôle
dans les écosystèmes, son adaptabilité en réponse aux changements environne—
mentaux naturels ou provoqués par l’homme, les rythmes et les voies de son
évolution ou de son rétablissement. La seconde porte sur l’impact de
l’homme, la sélectivité des prélèvements qu’il effectue, la rapidité et la compa—
tibilité de son action avec les processus d’évolution et de restauration. Ceci doit
être examiné sous un angle économique en évaluant l’étendue réellement disponible des ressources naturelles et en identifiant les situations où l’épuisement
est proche. La troisième interrogation ouvre sur un choix de société : com—
ment soutenir un développement qui réponde aux besoins du présent sans com—
promettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ? En 1987, le
rapport << Notre avenir à tous >> de la Commission Mondiale sur l’Environne—
ment et le Développement (rapport Bruntland) présenté à l’Assemblée Générale
des Nations Unies a explicité cette notion de développement durable, qui
généralise l’attitude paysanne de << gestion en bon père de famille ». Si l’idée
n’a pas rencontré d’opposition majeure, il reste que sa traduction en actes qudti—
diens est loin de s’imposer à tous. Ces trois questions sont directement liées et
les réponses àla première, que les démarches de recherche exposées ci—dessous
v1sent entre autre à obtenir, devraient éclairer la réflexion sur les deux autres.
En France même, et plus généralement dans les pays tempérés de l’Ouest
Européen,
la prise de conscience collective des problèmes de l’avenir de la bio—
diversité
est aussi due à des modifications importantes des écosystèmes. La disparition d’espèces, de paysages familiers, de cadres de vie auxquels les hommes
