NOTE HISTORIQUE
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s'en trouvait. Les éditeurs et imprimeurs capables de travaux de cette sorte
étaient rares, parfois peu sûrs. Après les longs délais et les tracas sans nombre
qu'impliquait une publication de ce genre, l'auteur avait le plus souvent à faire
face à des controverses interminables, provoquées par des adversaires qui
n'étaient pas toujours de bonne foi, et poursuivies parfois sur un ton d'aigreur
surprenant: car, dans l'incertitude générale où l'on se trouvait au sujet des principes mêmes du calcul infinitésimal, il n'était pas difficile à chacun de trouver des
points faibles, ou du moins obscurs et contestables, dans les raisonnements de ses
rivaux. O n comprend que dans ces conditions beaucoup de savants épris de tranquillité se soient contentés de communiquer à quelques amis choisis leurs
méthodes et leurs résultats. Certains, et surtout certains amateurs de science, tels
Mersenne à Paris et plus tard Collins à Londres, entretenaient une vaste correspondance en tous pays, dont ils communiquaient des extraits de part et d'autre,
non sans qu'à ces extraits ne se mêlassent des sottises de leur propre cru. Possesseurs de (< méthodes que, faute de notions et de définitions générales, ils ne
pouvaient rédiger sous forme de théorèmes ni même formuler avec quelque précision, les mathématiciens en étaient réduits à en faire l'essai sur des foules de cas
particuliers, et croyaient ne pouvoir mieux faire, pour en mesurer la puissance,
que de lancer des défis à leurs confrères, accompagnés parfois de la publication de
leurs propres résultats en langage chiffré. La jeunesse studieuse voyageait, et plus
peut-être qu'aujourd'hui; et les idées de tel savant se répandaient parfois mieux
par l'effet des voyages de tel de ses élèves que par ses propres publications, mais
non sans qu'il y eût là une autre cause encore de malentendus. Enfin, les mêmes
problèmes se posant nécessairement à une foule de mathématiciens, dont beaucoup fort distingués, qui n'avaient qu'une connaissance imparfaite des résultats
les uns des autres, les réclamations de priorité ne pouvaient manquer de s'élever
sans cesse, et il n'était pas rare que s'y joignissent des accusations de plagiat.
C'est donc dans les lettres et papiers privés des savants de ce temps, presque
autant ou même plus que dans leurs publications proprement dites, que l'historien a à chercher ses documents. Mais, tandis que ceux d'Huygens par exemple
nous ont été conservés et ont fait l'objet d'une publication exemplaire (XVI),
ceux de Leibniz n'ont été publiés encore que d'une manière défectueuse et
fragmentaire, et beaucoup d'autres sont perdus sans remède. Du moins les
recherches les plus récentes, fondées sur l'analyse des manuscrits, ont-elles mis
en évidence, d'une manière qui semble irréfutable, un point que des querelles
partisanes avaient quelque peu obscurci: c'est que, chaque fois que l'un des
grands mathématiciens de cette époque a porté témoignage sur ses propres
travaux, sur l'évolution de sa pensée, sur les influences qu'il a subies et celles
qu'il n'a pas subies, il l'a fait d'une manière honnête et sincère, et en toute
bonne foi1; ces témoignages précieux, dont nous possédons un assez grand
Ceci s'applique par exemple à Torricelli (voir (XII), t. VIII, p. 181-194) et à Leibniz
(D. MAHNKE, Abh. Preuss. Akad. der Wiss., 1925, Nr. 1, Berlin, 1926). Ce n'est pas à dire, bien entendu,
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s'en trouvait. Les éditeurs et imprimeurs capables de travaux de cette sorte
étaient rares, parfois peu sûrs. Après les longs délais et les tracas sans nombre
qu'impliquait une publication de ce genre, l'auteur avait le plus souvent à faire
face à des controverses interminables, provoquées par des adversaires qui
n'étaient pas toujours de bonne foi, et poursuivies parfois sur un ton d'aigreur
surprenant: car, dans l'incertitude générale où l'on se trouvait au sujet des principes mêmes du calcul infinitésimal, il n'était pas difficile à chacun de trouver des
points faibles, ou du moins obscurs et contestables, dans les raisonnements de ses
rivaux. O n comprend que dans ces conditions beaucoup de savants épris de tranquillité se soient contentés de communiquer à quelques amis choisis leurs
méthodes et leurs résultats. Certains, et surtout certains amateurs de science, tels
Mersenne à Paris et plus tard Collins à Londres, entretenaient une vaste correspondance en tous pays, dont ils communiquaient des extraits de part et d'autre,
non sans qu'à ces extraits ne se mêlassent des sottises de leur propre cru. Possesseurs de (< méthodes que, faute de notions et de définitions générales, ils ne
pouvaient rédiger sous forme de théorèmes ni même formuler avec quelque précision, les mathématiciens en étaient réduits à en faire l'essai sur des foules de cas
particuliers, et croyaient ne pouvoir mieux faire, pour en mesurer la puissance,
que de lancer des défis à leurs confrères, accompagnés parfois de la publication de
leurs propres résultats en langage chiffré. La jeunesse studieuse voyageait, et plus
peut-être qu'aujourd'hui; et les idées de tel savant se répandaient parfois mieux
par l'effet des voyages de tel de ses élèves que par ses propres publications, mais
non sans qu'il y eût là une autre cause encore de malentendus. Enfin, les mêmes
problèmes se posant nécessairement à une foule de mathématiciens, dont beaucoup fort distingués, qui n'avaient qu'une connaissance imparfaite des résultats
les uns des autres, les réclamations de priorité ne pouvaient manquer de s'élever
sans cesse, et il n'était pas rare que s'y joignissent des accusations de plagiat.
C'est donc dans les lettres et papiers privés des savants de ce temps, presque
autant ou même plus que dans leurs publications proprement dites, que l'historien a à chercher ses documents. Mais, tandis que ceux d'Huygens par exemple
nous ont été conservés et ont fait l'objet d'une publication exemplaire (XVI),
ceux de Leibniz n'ont été publiés encore que d'une manière défectueuse et
fragmentaire, et beaucoup d'autres sont perdus sans remède. Du moins les
recherches les plus récentes, fondées sur l'analyse des manuscrits, ont-elles mis
en évidence, d'une manière qui semble irréfutable, un point que des querelles
partisanes avaient quelque peu obscurci: c'est que, chaque fois que l'un des
grands mathématiciens de cette époque a porté témoignage sur ses propres
travaux, sur l'évolution de sa pensée, sur les influences qu'il a subies et celles
qu'il n'a pas subies, il l'a fait d'une manière honnête et sincère, et en toute
bonne foi1; ces témoignages précieux, dont nous possédons un assez grand
Ceci s'applique par exemple à Torricelli (voir (XII), t. VIII, p. 181-194) et à Leibniz
(D. MAHNKE, Abh. Preuss. Akad. der Wiss., 1925, Nr. 1, Berlin, 1926). Ce n'est pas à dire, bien entendu,
