LE DANOIS EN OR
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Après un été de farniente consacré à la voile et à la
randonnée, Bohr partit pour Cambridge fin septembre 1911
avec une bourse d'études d'un an offerte par la célèbre brasserie Carlsberg. «Je me suis surpris à exulter ce matin, écrivitil à sa fiancée, Margrethe N0rland, lorsque je me suis arrêté
devant une boutique et que j'ai lu par hasard l'adresse
"Cambridge" au-dessus de la porte 14 • » Les lettres de recommandation et le patronyme de Bohr lui assurèrent un accueil
chaleureux auprès des physiologistes de l'université, qui se
souvenaient de son défunt père. Les premiers jours, ils aidèrent Bohr à trouver un petit appartement de deux pièces à la
périphérie de la ville et à s'habituer à la vie universitaire de
Cambridge. Il était« très occupé par l'organisation des visites
et dîners 15 ». Mais, pour Bohr, c'était sa rencontre avec
Thomson, « J. J. » pour ses amis comme pour ses étudiants,
qui commença bientôt à occuper son esprit.
Fils d'un libraire de Manchester, Thomson avait été élu
chef du laboratoire Cavendish en 1884, une semaine avant
son vingt-huitième anniversaire. C'était un choix inattendu
pour la succession de James Clerk Maxwell et de lord Rayleigh à
la tête du prestigieux établissement de recherche, et pas simplement à cause de l'âge du jeune professeur de physique
expérimentale. « J. J. était très peu habile de ses mains, se
souvint plus tard un de ses assistants, et je jugeai nécessaire
de ne pas l'encourager à manipuler les instruments 16 • » Or, si
l'homme qui reçut le prix Nobel pour la découverte de l'électron manquait peut-être de doigté, d'autres témoignèrent de
sa « capacité intuitive à appréhender le fonctionnement
interne d'appareils complexes sans se donner la peine de les
manipuler 1 ».
L'urbanité du personnage - vivante image du professeur
distrait, avec ses lunettes rondes, ses cheveux en bataille, sa
veste en tweed et son col cassé - mit immédiatement Bohr à
l'aise lors de leur première rencontre. Impatient de l'impressionner, il était entré dans le bureau du professeur sa thèse
sous le bras et un ouvrage écrit par Thomson à la main. Il
ouvrit le livre, lui montra une équation et dit: «Ça, c'est
faux 18 • » Bien que n'ayant pas l'habitude qu'on lui exhibe
aussi franchement ses erreurs passées, J.J. promit de lire la
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