96
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
mark. Les Bohr ne séjournèrent pas longtemps à cette
adresse. Ce n'était que la première d'une série de demeures
grandioses et élégantes dans lesquelles Niels habiterait tout
au long de sa vie.
Christian Bohr, l'éminent professeur de physiologie à
l'université de Copenhague, avait découvert le rôle du gaz
carbonique dans la libération de l'oxygène par l'hémoglobine. Ce qui, avec ses travaux sur la respiration, lui valut
d'être deux fois sélectionné- en vain- pour le prix Nobel de
physiologie ou de médecine en 1907 et 1908. Entre 1886
et 1911, l'année de sa mort prématurée, à cinquante-six ans
seulement, la famille occupa un appartement spacieux dans
l'académie de médecine de l'universitë. Situé dans ce qui
était alors la rue la plus chic de la ville et à dix minutes à pied
de l'école locale, il était idéal pour les u·ois enfants Bohr :
Jenny, de deux ans l'aînée, Niels, et Harald, qui avait dix-huit
mois de moins que lui 3 • Avec trois bonnes et une gouvernante
pour s'occuper d'eux, les enfants jouissaient d'une enfance
confortable et privilégiée, très loin des conditions sordides
dans lesquelles vivaient la plupart des habitants de Copenhague, qui étaient de plus en plus nombreux.
La situation du père de Niels à l'université et le statut social
de sa mère garantissaient que nombre des savants, érudits,
écrivains et artistes danois de premier plan soient régulièrement reçus chez les Bohr. Trois de ces habitués étaient,
comme Christian Bohr lui-même, membres de l'Académie
royale danoise des sciences et des lettres : le physicien Christian Christiansen, le philosophe Harald H0ffding et le
linguiste Vilhelm Thomsen. Après la séance hebdomadaire de
l'Académie, les débats se poursuivaient chez l'un des quatre
confrères. Encore adolescents, Niels et Harald étaient autorisés à assister discrètement aux discussions animées qui
avaient lieu alors. C'était une occasion rare de capter les
préoccupations intellectuelles d'un groupe de tels personnages au moment où l'Europe baignait dans l'esprit fin de
siècle. Elles laissèrent aux deux garçons, comme Niels le dit
plus tard, « quelques-unes de leurs impressions les plus
anciennes et les plus profondes 4 ».
Précédent

- 93/537

Suivant