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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
éprouvait « des difficultés particulièrement importantes » 74 à
expliquer l'effet photoélectrique.
Max von Laue, futur Prix Nobel de physique, qui en 1906
n'était que Privatdozent à l'université de Berlin, écrivit à Einstein qu'il était disposé à admettre que les quanta soient peutêtre impliqués pendant l'émission et l'absorption de la
lumière. Mais rien de plus. La lumière elle-même n'était pas
composée de quanta, l'avertit von Laue, mais « quand elle
échange de l'éner~e avec la matière, elle se comporte
comme si elle l'était 5 », D'autres physiciens n'allaient même
pas jusque-là. Einstein lui-même était partiellement responsable de la situation. Il avait effectivement soutenu dans son
article que la lumière « se comporte » comme si elle consistait
en quanta d'énergie. On était loin d'une préconisation catégorique du quantum. Mais c'était parce qu'Einstein voulait
un peu plus qu'un simple «point de vue heuristique» : il
rêvait d'une théorie complète.
L'effet photoélectrique s'était révélé être un champ de
bataille pour l'affrontement entre la continuité supposée des
ondes lumineuses et la discontinuité de la matière - les
atomes. Or, en 1905, il y avait encore des gens qui doutaient
de l'existence des atomes. Le 11 mai, moins de deux mois
après qu'Einstein eut terminé son article sur les quanta, les
Annalen der Physik reçurent son deuxième article de l'année.
C'était son explication de ce qu'on appelait le mouvement
brownien, et elle devint une pièce à conviction vitale à l'appui
de l'existence des atomes 76 •
Lorsqu'en 1827 le botaniste écossais Robert Brown
examina au microscope des grains de pollen en suspension
dans l'eau, il constata qu'ils étaient dans un état de mouvement aléatoire continuel, comme s'ils étaient bousculés par
quelque force invisible. D'autres avaient déjà noté que cette
agitation désordonnée s'intensifiait à mesure que la température de l'eau s'élevait, et on présumait qu'une explication
biologique quelconque se cachait derrière ce phénomène.
Brown découvrit toutefois que lorsqu'il utilisait des grains de
pollen vieux de trente ans ils s'agitaient exactement de la
même manière. Intrigué, il confectionna des poudres à partir
de toutes sortes de substances non organiques, depuis le verre
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
éprouvait « des difficultés particulièrement importantes » 74 à
expliquer l'effet photoélectrique.
Max von Laue, futur Prix Nobel de physique, qui en 1906
n'était que Privatdozent à l'université de Berlin, écrivit à Einstein qu'il était disposé à admettre que les quanta soient peutêtre impliqués pendant l'émission et l'absorption de la
lumière. Mais rien de plus. La lumière elle-même n'était pas
composée de quanta, l'avertit von Laue, mais « quand elle
échange de l'éner~e avec la matière, elle se comporte
comme si elle l'était 5 », D'autres physiciens n'allaient même
pas jusque-là. Einstein lui-même était partiellement responsable de la situation. Il avait effectivement soutenu dans son
article que la lumière « se comporte » comme si elle consistait
en quanta d'énergie. On était loin d'une préconisation catégorique du quantum. Mais c'était parce qu'Einstein voulait
un peu plus qu'un simple «point de vue heuristique» : il
rêvait d'une théorie complète.
L'effet photoélectrique s'était révélé être un champ de
bataille pour l'affrontement entre la continuité supposée des
ondes lumineuses et la discontinuité de la matière - les
atomes. Or, en 1905, il y avait encore des gens qui doutaient
de l'existence des atomes. Le 11 mai, moins de deux mois
après qu'Einstein eut terminé son article sur les quanta, les
Annalen der Physik reçurent son deuxième article de l'année.
C'était son explication de ce qu'on appelait le mouvement
brownien, et elle devint une pièce à conviction vitale à l'appui
de l'existence des atomes 76 •
Lorsqu'en 1827 le botaniste écossais Robert Brown
examina au microscope des grains de pollen en suspension
dans l'eau, il constata qu'ils étaient dans un état de mouvement aléatoire continuel, comme s'ils étaient bousculés par
quelque force invisible. D'autres avaient déjà noté que cette
agitation désordonnée s'intensifiait à mesure que la température de l'eau s'élevait, et on présumait qu'une explication
biologique quelconque se cachait derrière ce phénomène.
Brown découvrit toutefois que lorsqu'il utilisait des grains de
pollen vieux de trente ans ils s'agitaient exactement de la
même manière. Intrigué, il confectionna des poudres à partir
de toutes sortes de substances non organiques, depuis le verre
