82
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
Pour expliquer l'apparition de ces « franges » brillantes et
sombres, Young recourut à une analogie. Deux pierres sont
lâchées simultanément et non loin l'une de l'autre à la
surface immobile d'un lac. Chaque pierre produit des vagues
qui se propagent dans tout le lac. Les ondulations émises par
une pierre rencontrent celles provenant de l'autre. Chaque
fois que deux creux ou deux crêtes de vague se rencontrent,
ils fusionnent pour produire un creux ou une crête unique.
C'est une interférence constructive. Mais lorsqu'un creux
rencontre une crête, et vice versa, ils s'annulent et la surface
n'est pas perturbée en ce point-là: c'est une interférence
destructive.
Dans l'expérience de Young, les ondes lumineuses émanant
des deux fentes interfèrent de même l'une avec l'autre avant
de frapper le troisième écran. Les franges brillantes indiquent
une interférence constructive, tandis que les franges sombres
résultent d'une interférence destructive. Young reconnut que
ces résultats ne pouvaient se comprendre que si la lumière
était un phénomène ondulatoire. Les corpuscules de Newton
ne produiraient que deux images brillantes des fentes séparées par une zone totalement obscure. Un motif d'interférence à base de franges lumineuses et sombres était
carrément impossible.
Lorsqu'il avança le concept d'interférence et rendit compte
de ses premiers résultats expérimentaux, en 1801, Young fut
férocement attaqué dans les revues scientifiques pour avoir
contesté Newton. Il tenta de se défendre en rédigeant un
pamphlet dans lequel il faisait connaître à tout le monde
l'opinion qu'il avait de Newton:« Cependant, j'ai beau vénérer
le nom de Newton, je n'en suis pas pour autant obligé de
croire qu'il était infaillible. C'est à regret et non avec joie que
je constate qu'il pouvait se tromper, et que son autorité a
parfois, peut-être, retardé le progrès de la science 70 • » Il ne
s'en vendit qu'un seul exemplaire.
De quinze ans son cadet, un ingénieur des travaux publics
français sortit de l'ombre de Newton à la suite de Young.
Augustin Fresnel redécouvrit par lui-même l'interférence et,
sans le savoir, bien d'autres choses que Young avait déjà trouvées. Toutefois, comparées à celles de l'Anglais, les expé-
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
Pour expliquer l'apparition de ces « franges » brillantes et
sombres, Young recourut à une analogie. Deux pierres sont
lâchées simultanément et non loin l'une de l'autre à la
surface immobile d'un lac. Chaque pierre produit des vagues
qui se propagent dans tout le lac. Les ondulations émises par
une pierre rencontrent celles provenant de l'autre. Chaque
fois que deux creux ou deux crêtes de vague se rencontrent,
ils fusionnent pour produire un creux ou une crête unique.
C'est une interférence constructive. Mais lorsqu'un creux
rencontre une crête, et vice versa, ils s'annulent et la surface
n'est pas perturbée en ce point-là: c'est une interférence
destructive.
Dans l'expérience de Young, les ondes lumineuses émanant
des deux fentes interfèrent de même l'une avec l'autre avant
de frapper le troisième écran. Les franges brillantes indiquent
une interférence constructive, tandis que les franges sombres
résultent d'une interférence destructive. Young reconnut que
ces résultats ne pouvaient se comprendre que si la lumière
était un phénomène ondulatoire. Les corpuscules de Newton
ne produiraient que deux images brillantes des fentes séparées par une zone totalement obscure. Un motif d'interférence à base de franges lumineuses et sombres était
carrément impossible.
Lorsqu'il avança le concept d'interférence et rendit compte
de ses premiers résultats expérimentaux, en 1801, Young fut
férocement attaqué dans les revues scientifiques pour avoir
contesté Newton. Il tenta de se défendre en rédigeant un
pamphlet dans lequel il faisait connaître à tout le monde
l'opinion qu'il avait de Newton:« Cependant, j'ai beau vénérer
le nom de Newton, je n'en suis pas pour autant obligé de
croire qu'il était infaillible. C'est à regret et non avec joie que
je constate qu'il pouvait se tromper, et que son autorité a
parfois, peut-être, retardé le progrès de la science 70 • » Il ne
s'en vendit qu'un seul exemplaire.
De quinze ans son cadet, un ingénieur des travaux publics
français sortit de l'ombre de Newton à la suite de Young.
Augustin Fresnel redécouvrit par lui-même l'interférence et,
sans le savoir, bien d'autres choses que Young avait déjà trouvées. Toutefois, comparées à celles de l'Anglais, les expé-
