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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
matique n'était pas assez puissante pour différencier ce qui
était vraiment fondamental « du reste plus ou moins inutile
de l'érudition 53 ». Mais, dès qu'il était question de physique,
son flair était à nul autre pareil. Il disait qu'il avait « appris à
détecter ce qui pouvait mener à des découvertes fondamentales et à ignorer tout le reste, la multitude de choses qui
encombrent l'esprit et le détournent de l'essentiel 54 ».
Son séjour à l'Office des brevets ne put qu'affiner son
odorat. Comme dans les dossiers soumis par les inventeurs,
Einstein cherchait les incohérences et les défauts subtils des
épures du fonctionnement de la nature proposées par les
physiciens. Lorsqu'il trouvait pareille contradiction dans une
théorie, Einstein la sondait sans relâche jusqu'à ce qu'elle
produise une nouvelle intuition qui conduirait à son élimination ou à une hypothèse de rechange là où il n'en existait pas
encore. Son principe « heuristique » de la lumière - à savoir
qu'elle se comporte dans certains cas comme si elle était
composée d'un flux de particules, les quanta de lumière -
était la solution trouvée par Einstein à une contradiction résidant au cœur même de la physique.
Einstein avait depuis longtemps admis que tout était
composé d'atomes et que ces morceaux de matière discrets et
discontinus possédaient une énergie. L'énergie d'un gaz, par
exemple, était la somme totale des énergies des atomes individuels qui le composaient. La situation était totalement différente quand il s'agissait de la lumière. Selon la théorie de
l'électromagnétisme de Maxwell, ou toute théorie ondulatoire, l'énergie d'un rayon lumineux se diffuse sur un volume
de plus en plus grand comme les vagues rayonnant vers l' extérieur à partir du point de chute d'une pierre à la surface d'un
étang. Einstein évoqua alors une « profonde différence
formelle», ce qui le plongea dans l'embarras, mais stimula
alors sa «pensée polyvalente 55 ». Il comprit que la dichotomie
entre le caractère discontinu de la matière et le caractère
continu des ondes électromagnétiques s'effacerait si la lumière
était discontinue elle aussi, composée de quanta 56 •
Le quantum de lumière émergea de l'analyse faite par Einstein de la dérivation par Planck de sa loi du rayonnement du
corps noir. Il admettait que la formule de Planck était
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