64
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
Ce n'est qu'en utilisant les excellentes notes prises par
Grassmann qu'il réussit les examens intermédiaires en
octobre 1898. Dans sa vieillesse, c'est à peine si Einstein
pouvait se résoudre à envisager ce qui aurait pu se passer sans
l'aide de Grassmann après qu'il eut commencé à sécher les
cours. Tout avait tellement changé avec les premières leçons
de physique d'Heinrich Weber. «Après chacun de ses cours,
j'attends le prochain avec impatience 26 », écrivait-il à Mileva.
Weber, qui avait environ cinquante-cinq ans, savait rendre la
physique vivante pour ses étudiants, et Einstein lui reconnaissait une « grande maîtrise du sujet » dans son enseignement
de la thermodynamique. Mais il finit par être déçu, car Weber
n'enseignait pas la théorie de l'électromagnétisme de
Maxwell ni aucun des derniers développements de la
physique. Bientôt, l'individualisme d'Einstein et son attitude
irrespectueuse commencèrent à lui aliéner ses professeurs.
«Vous êtes un garçon brillant, lui dit Weber. Mais vous avez
un grave défaut: vous ne supportez pas qu'on vous dise quoi
que ce soit 27 • »
Lorsque les examens finals eurent lieu en juillet 1900, Einstein fut reçu quatrième sur cinq candidats. Il avait travaillé
sous la contrainte et ces examens produisirent sur lui un tel
effet dissuasif qu'il fut « dégoûté pendant une année entière
de l'étude de tout problème scientifique 28 ». Mileva fut
dernière et seule à être recalée. Ce fut une rude épreuve pour
les amoureux qui s'appelaient déjà affectueusement
« Johonzel » (Jeannot) et « Doxerl » (Poupette). Une autre
allait bientôt suivre.
Einstein n'était plus attiré par un avenir d'enseignant dans
un lycée. Ses quatre ans à Zurich avaient suscité chez lui une
nouvelle ambition. Il voulait être physicien. Les chances
d'obtenir un emploi à plein temps dans une université étaient
minces, même pour les meilleurs étudiants. La première
étape était un poste d'assistant auprès d'un des professeurs
du Poly. Aucun ne voulut de lui et Einstein commença à chercher ailleurs. «Je vais bientôt finir par avoir honoré de mes
offres de service tous les physiciens depuis la mer du Nord
jusqu'à la pointe sud de l'ltalie 29 ! » écrivit-il à Mileva en
avril1901 lors d'un séjour chez ses parents.
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
Ce n'est qu'en utilisant les excellentes notes prises par
Grassmann qu'il réussit les examens intermédiaires en
octobre 1898. Dans sa vieillesse, c'est à peine si Einstein
pouvait se résoudre à envisager ce qui aurait pu se passer sans
l'aide de Grassmann après qu'il eut commencé à sécher les
cours. Tout avait tellement changé avec les premières leçons
de physique d'Heinrich Weber. «Après chacun de ses cours,
j'attends le prochain avec impatience 26 », écrivait-il à Mileva.
Weber, qui avait environ cinquante-cinq ans, savait rendre la
physique vivante pour ses étudiants, et Einstein lui reconnaissait une « grande maîtrise du sujet » dans son enseignement
de la thermodynamique. Mais il finit par être déçu, car Weber
n'enseignait pas la théorie de l'électromagnétisme de
Maxwell ni aucun des derniers développements de la
physique. Bientôt, l'individualisme d'Einstein et son attitude
irrespectueuse commencèrent à lui aliéner ses professeurs.
«Vous êtes un garçon brillant, lui dit Weber. Mais vous avez
un grave défaut: vous ne supportez pas qu'on vous dise quoi
que ce soit 27 • »
Lorsque les examens finals eurent lieu en juillet 1900, Einstein fut reçu quatrième sur cinq candidats. Il avait travaillé
sous la contrainte et ces examens produisirent sur lui un tel
effet dissuasif qu'il fut « dégoûté pendant une année entière
de l'étude de tout problème scientifique 28 ». Mileva fut
dernière et seule à être recalée. Ce fut une rude épreuve pour
les amoureux qui s'appelaient déjà affectueusement
« Johonzel » (Jeannot) et « Doxerl » (Poupette). Une autre
allait bientôt suivre.
Einstein n'était plus attiré par un avenir d'enseignant dans
un lycée. Ses quatre ans à Zurich avaient suscité chez lui une
nouvelle ambition. Il voulait être physicien. Les chances
d'obtenir un emploi à plein temps dans une université étaient
minces, même pour les meilleurs étudiants. La première
étape était un poste d'assistant auprès d'un des professeurs
du Poly. Aucun ne voulut de lui et Einstein commença à chercher ailleurs. «Je vais bientôt finir par avoir honoré de mes
offres de service tous les physiciens depuis la mer du Nord
jusqu'à la pointe sud de l'ltalie 29 ! » écrivit-il à Mileva en
avril1901 lors d'un séjour chez ses parents.
