LE FORÇAT DES BREVETS
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L'un de ces honorés destinataires était Wilhelm Ostwald,
qui enseignait la chimie à l'université de Leipzig. Einstein lui
écrivit deux fois, et ses deux lettres restèrent sans réponse. Il
devait être pénible pour son père de voir grandir le désespoir
de son fils. À l'insu d'Albert, Hermann Einstein prit sur lui
d'intervenir. «Veuillez, s'il vous plaît, pardonner à un père
qui a l'audace de se tourner vers vous, très estimé Herr
Professor, dans l'intérêt de son fils 30 », écrivit-il à Ostwald. Il
précisait : « Tous ceux qui sont à même de porter un jugement sur lui louent ses capacités ; en tout état de cause, je
puis vous assurer qu'il est extrêmement studieux et travailleur
et qu'il est passionnément attaché à la science 31 • » Ostwald
demeura sourd à cette supplique venue du fond du cœur et la
lettre resta sans réponse. Plus tard, Ostwald serait le premier
à proposer le nom d'Einstein au jury du prix Nobel.
Bien que l'antisémitisme ait pu jouer un rôle, Einstein était
convaincu que les mauvaises références données par Weber
expliquaient son échec dans la recherche d'un poste d'assistant. Il s'enfonçait dans le découragement lorsqu'une lettre
inattendue de Grossmann lui laissa espérer un emploi respectable et correctement rétribué. Grossmann père avait été
informé de la situation désespérée d'Einstein et voulait aider
le jeune homme que son fils tenait en si haute estime. Il
recommanda chaudement Einstein à son ami Friedrich
Haller, le directeur de l'Office suisse des brevets, au cas où un
poste s'y libérerait. «Quand j'ai trouvé ta lettre hier, écrivit
Albert à Marcel, j'ai été profondément ému par le dévouement et la compassion avec lesquels tu t'es souvenu de ton
vieux camarade dans le besoin 32 • » Einstein, qui venait
d'obtenir la nationalité suisse après avoir été apatride
pendant cinq ans, était certain qu'elle l'aiderait à postuler à
cet emploi.
Peut-être que la chance lui souriait enfin. On lui proposa
un poste d'enseignement temporaire dans un lycée à Winterthur, une petite ville à moins de trente kilomètres de Zurich,
et il l'accepta. Les cinq ou six heures de cours qu'il donnait
chaque matin lui laissaient suffisamment de liberté pour faire
de la physique l'après-midi. «Je ne peux pas vous dire à quel
point je serais heureux de faire pareil travail, écrivit-il à papa
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L'un de ces honorés destinataires était Wilhelm Ostwald,
qui enseignait la chimie à l'université de Leipzig. Einstein lui
écrivit deux fois, et ses deux lettres restèrent sans réponse. Il
devait être pénible pour son père de voir grandir le désespoir
de son fils. À l'insu d'Albert, Hermann Einstein prit sur lui
d'intervenir. «Veuillez, s'il vous plaît, pardonner à un père
qui a l'audace de se tourner vers vous, très estimé Herr
Professor, dans l'intérêt de son fils 30 », écrivit-il à Ostwald. Il
précisait : « Tous ceux qui sont à même de porter un jugement sur lui louent ses capacités ; en tout état de cause, je
puis vous assurer qu'il est extrêmement studieux et travailleur
et qu'il est passionnément attaché à la science 31 • » Ostwald
demeura sourd à cette supplique venue du fond du cœur et la
lettre resta sans réponse. Plus tard, Ostwald serait le premier
à proposer le nom d'Einstein au jury du prix Nobel.
Bien que l'antisémitisme ait pu jouer un rôle, Einstein était
convaincu que les mauvaises références données par Weber
expliquaient son échec dans la recherche d'un poste d'assistant. Il s'enfonçait dans le découragement lorsqu'une lettre
inattendue de Grossmann lui laissa espérer un emploi respectable et correctement rétribué. Grossmann père avait été
informé de la situation désespérée d'Einstein et voulait aider
le jeune homme que son fils tenait en si haute estime. Il
recommanda chaudement Einstein à son ami Friedrich
Haller, le directeur de l'Office suisse des brevets, au cas où un
poste s'y libérerait. «Quand j'ai trouvé ta lettre hier, écrivit
Albert à Marcel, j'ai été profondément ému par le dévouement et la compassion avec lesquels tu t'es souvenu de ton
vieux camarade dans le besoin 32 • » Einstein, qui venait
d'obtenir la nationalité suisse après avoir été apatride
pendant cinq ans, était certain qu'elle l'aiderait à postuler à
cet emploi.
Peut-être que la chance lui souriait enfin. On lui proposa
un poste d'enseignement temporaire dans un lycée à Winterthur, une petite ville à moins de trente kilomètres de Zurich,
et il l'accepta. Les cinq ou six heures de cours qu'il donnait
chaque matin lui laissaient suffisamment de liberté pour faire
de la physique l'après-midi. «Je ne peux pas vous dire à quel
point je serais heureux de faire pareil travail, écrivit-il à papa
