LE FORÇAT DES BREVETS
59
avait développé ce qu'il décrivit comme «un profond sentiment religieux», Il avait cessé de manger du porc, chantait des
cantiques en allant à l'école et acceptait comme un fait établi le
récit biblique de la création. Ensuite, lorsqu'il se mit à dévorer
des ouvrages scientifiques l'un après l'autre, il se rendit compte
que nombre de faits relatés dans la Bible ne pouvaient être
vrais. Ainsi fut libérée chez lui ce qu'il appela :< une libre
pensée fanatique couplée avec l'impression que l'Etat trompe
sciemment la jeunesse avec des mensonges; c'était une impression dévastatrice 14 ». Elle sema les germes d'une méfiance
envers toute forme d'autorité qu'il conserva toute sa vie. Il en
vint à considérer la perte de son « paradis religieux » comme la
première tentative pour se libérer des « chaînes du "strictement personnel", d'une existence dominée par des souhaits,
des espoirs, et des sentiments primitifs 15 ».
En perdant la foi dans les enseignements du Livre sacré, il
commença à éprouver l'émerveillement de son petit livre de
géométrie tout aussi sacré. Il était encore à l'école primaire
lorsque son oncle Jakob lui apprit les rudiments de l'algèbre
et commença à lui proposer des problèmes à résoudre.
Quand Talmud lui donna un ouvrage sur la géométrie
d'Euclide, Einstein possédait déjà de solides connaissances
mathématiques qu'on ne s'attend normalement pas à trouver
chez un garçon de douze ans. Talmud fut surpris par la
vitesse à laquelle Einstein progressa dans sa lecture de
l'ouvrage tout en démontrant les théorèmes et en résolvant
les exercices. Son zèle était tel qu'il profita des grandes
vacances pour maîtriser les mathématiques qui allaient être
enseignées l'année scolaire suivante.
Avec un père et un oncle dans l'électricité industrielle, non
seulement Einstein apprenait la science dans ses lectures,
mais il était entouré par la technologie que son application
pouvait produire. C'est son père qui, involontairement, avait
initié Einstein aux merveilles et aux mystères de la science.
Un jour que son fils était au lit avec de la fièvre, Hermann
essaya de lui remonter le moral en lui montrant une boussole.
Le mouvement de l'aiguille parut totalement miraculeux, si
différent de tout ce que cet enfant de cinq ans avait déjà vu
qu'il trembla et fut pris de sueurs froides à la pensée qu'~ il
Précédent

- 56/537

Suivant