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LE GRAND ROMAN DE IA PHYSIQUE QUANTIQUE
presque trois ans 2 • Cet emploi avait mis fin à ce qu'il décrivait
comme « l'agaçante occupation consistant à crever de faim 3 ».
Le travail proprement dit lui plaisait par sa variété, la « polyvalence de pensée» qu'il encourageait et par l'atmosphère
détendue du bureau. C'était un environnement qu'Einstein
compara plus tard à un «monastère séculier». Bien que le
poste d'expert technique de troisième classe soit un emploi
subalterne, il était bien rémunéré et lui donnait le temps de
poursuivre ses propres recherches scientifiques. Malgré l'œil
vigilant de son supérieur, le redoutable Herr Haller, Einstein
passait tellement de temps, entre deux brevets à examiner, à
faire secrètement ses propres calculs, que sa table de travail
était devenue son « bureau de la physique théoriqué ».
« C'était comme si le sol s'était dérobé sous nos pieds, sans
aucune fondation visible nulle part où l'on eût pu
construire 5 • »Voilà ce qu'Einstein se rappela avoir éprouvé en
lisant la solution de Planck pour le problème du corps noir
peu après qu'elle fut publiée. Ce qu'il envoya dans l'enveloppe au rédacteur en chef des Annalen der Physik, la première
revue de physique du monde, ce vendredi 17 mars 1905, était
encore plus radical que l'introduction initiale du quantum
par Planck. Einstein savait que sa proposition d'une théorie
quantique de la lumière confinait à l'hérésie.
Deux mois plus tard, à la mi-mai, Einstein écrivit à son ami
Conrad Habicht, lui promettant de lui envoyer quatre articles
qu'il espérait publier avant la fin de l'année. Le premier était
l'article sur les quanta. Le deuxième était sa thèse de doctorat,
dans laquelle il décrivait une méthode nouvelle pour déterminer les dimensions des atomes. Le troisième proposait une
explication du mouvement brownien, cette danse désordonnée de minuscules particules, comme des grains de
pollen, en suspension dans un liquide. « Le quatrième article,
avouait Einstein, n'est à ce stade qu'une ébauche, c'est une
électrodynamique des corps en mouvement qui emploie une
modification de la théorie de l'espace et du temps 6 • » C'est
une liste extraordinaire. Dans les annales de la science, un
seul autre savant et une seule autre année soutiennent la
comparaison avec Einstein et ses succès de 1905. L'Anglais
Isaac Newton, en 1666, lorsqu'il posa les bases du calcul inté-
LE GRAND ROMAN DE IA PHYSIQUE QUANTIQUE
presque trois ans 2 • Cet emploi avait mis fin à ce qu'il décrivait
comme « l'agaçante occupation consistant à crever de faim 3 ».
Le travail proprement dit lui plaisait par sa variété, la « polyvalence de pensée» qu'il encourageait et par l'atmosphère
détendue du bureau. C'était un environnement qu'Einstein
compara plus tard à un «monastère séculier». Bien que le
poste d'expert technique de troisième classe soit un emploi
subalterne, il était bien rémunéré et lui donnait le temps de
poursuivre ses propres recherches scientifiques. Malgré l'œil
vigilant de son supérieur, le redoutable Herr Haller, Einstein
passait tellement de temps, entre deux brevets à examiner, à
faire secrètement ses propres calculs, que sa table de travail
était devenue son « bureau de la physique théoriqué ».
« C'était comme si le sol s'était dérobé sous nos pieds, sans
aucune fondation visible nulle part où l'on eût pu
construire 5 • »Voilà ce qu'Einstein se rappela avoir éprouvé en
lisant la solution de Planck pour le problème du corps noir
peu après qu'elle fut publiée. Ce qu'il envoya dans l'enveloppe au rédacteur en chef des Annalen der Physik, la première
revue de physique du monde, ce vendredi 17 mars 1905, était
encore plus radical que l'introduction initiale du quantum
par Planck. Einstein savait que sa proposition d'une théorie
quantique de la lumière confinait à l'hérésie.
Deux mois plus tard, à la mi-mai, Einstein écrivit à son ami
Conrad Habicht, lui promettant de lui envoyer quatre articles
qu'il espérait publier avant la fin de l'année. Le premier était
l'article sur les quanta. Le deuxième était sa thèse de doctorat,
dans laquelle il décrivait une méthode nouvelle pour déterminer les dimensions des atomes. Le troisième proposait une
explication du mouvement brownien, cette danse désordonnée de minuscules particules, comme des grains de
pollen, en suspension dans un liquide. « Le quatrième article,
avouait Einstein, n'est à ce stade qu'une ébauche, c'est une
électrodynamique des corps en mouvement qui emploie une
modification de la théorie de l'espace et du temps 6 • » C'est
une liste extraordinaire. Dans les annales de la science, un
seul autre savant et une seule autre année soutiennent la
comparaison avec Einstein et ses succès de 1905. L'Anglais
Isaac Newton, en 1666, lorsqu'il posa les bases du calcul inté-
