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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
toutes les possibilités quantiques sans exception coexistent en
tant que réalités dans un déploiement d'univers parallèles.
~Aboutir à l'interprétation correcte s'est révélé un problème
plus difficile que de simplement trouver les équationsg 2 », dira
Paul Dirac cinquante ans après le congrès Solvay 1927. Le Prix
Nobel américain Murray Gell-Mann pense qu'une partie de la
raison en est que « Niels Bohr avait mis dans la tête à toute une
génération de physiciens que le problème avait été résolug 3 ».
Un sondage effectué en juillet 1999 lors d'un congrès de
physique quantique qui se tenait à l'université de Cambridge
révéla les réponses d'une nouvelle génération à la question
controversée de l'interprétationg 4 • Sur les quatre-vingt-dix
physiciens interrogés, quatre seulement votèrent pour l'interprétation de Copenhague, mais trente choisirent la version
moderne des univers multiples d'Everettg 5 • Il est significatif que
cinquante aient coché la case « aucune des trois ou sans
opinion».
Les difficultés conceptuelles non résolues, telles que le
problème de la mesure et l'incapacité de dire exactement où
finit l'univers quantique et où commence l'univers classique
de la vie quotidienne ont fait qu'un nombre croissant de
physiciens se sont montrés disposés à chercher quelque chose
de plus profond que la mécanique quantique. «Une théorie
qui donne "peut-être" comme réponse, dit le théoricien et
Prix Nobel néerlandais Gerard 't Hooft, devrait être reconnue
comme inexacteg 6 • » Il croit que l'Univers est déterministe, et
cherche une théorie plus fondamentale qui rendrait compte
de tous les traits étranges et contraires à l'intuition de la mécanique quantique. D'autres, comme Nicolas Gisin, éminent
expérimentateur qui explore l'intrication, n'ont« aucun mal à
penser que la théorie quantique est incomplèteg 7 ».
L'émergence d'autres interprétations et la mise en doute
en bonne et due forme de la prétention à la complétude de
la mécanique quantique ont abouti à un réexamen du verdict
prononcé contre Einstein à l'issue de sa polémique prolongée
avec Bohr. «Peut-il réellement être vrai qu'Einstein se soit,
d'une manière significative, aussi profondément "trompé"
que les disciples de Bohr voudraient l'affirmer? se demande
le mathématicien et physicien britannique sir Roger Penrose.
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