LE DÉMON QUANTIQUE
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il doit exister une théorie complète qui attend d'être découverte.
Einstein croyait que ce serait l'insaisissable théorie du
champ unifié qu'il passa les vingt-cinq dernières années de
sa vie à chercher - le mariage de la relativité générale et de
l'électromagnétisme. Elle serait la théorie complète qui
contiendrait en elle la mécanique quantique. « Ce que Dieu
a séparé, que nul homme ne le réunisse 23 »-tel fut le jugement caustique que porta Pauli sur le rêve d'unification
d'Einstein. Bien qu'à l'époque la plupart des physiciens se
soient gaussés d'Einstein, qu'on jugeait dépassé par les événements, c'est la recherche de pareille théorie qui deviendrait
le Saint-Graal de la physique quand la découverte de l'interaction faible responsable de la radioactivité puis celle de l'interaction forte qui assure la cohésion du noyau atomique porta
à quatre le nombre des forces que les physiciens devaient
affronter.
En ce qui concernait la mécanique quantique, il y avait
ceux, comme Werner Heisenberg, qui accusaient carrément
Einstein d'être «incapable de changer d'attitude» après une
carrière passée à sonder l'« univers objectif des processus
physiques qui suit son cours dans l'espace et le temps, indépendant de nous, selon des lois rigides >> 24 • Il n'était guère surprenant, insinuait Heisenberg, qu'Einstein trouve impossible
d'accepter une théorie affirmant qu'à l'échelle atomique «cet
univers objectif du temps et de l'espace n'existait même pas 25 >>,
Born croyait qu'Einstein « ne pourrait plus accepter certaines
idées nouvelles en physique qui contredisaient ses propres
convictions philosophiques, fermement enracinées 26 >>.Tout en
reconnaissant que son ami de longue date avait fait œuvre de
« pionnier dans la lutte pour la conquête du territoire
sauvage des phénomènes quantiques>>, le fait qu'« il soit resté
hautain et sceptique >> face à la mécanique quantique était
«une tragédie>>, déplorait Born, tandis qu'Einstein «avance à
tâtons dans sa solitude, et pour nous qui regrettons l'absence
de notre chef et porte-drapeau 27 >>,
L'influence d'Einstein diminua, celle de Bohr augmenta.
Avec des missionnaires comme Heisenberg et Pauli répandant la bonne parole à leurs propres ouailles, l'interprétation
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il doit exister une théorie complète qui attend d'être découverte.
Einstein croyait que ce serait l'insaisissable théorie du
champ unifié qu'il passa les vingt-cinq dernières années de
sa vie à chercher - le mariage de la relativité générale et de
l'électromagnétisme. Elle serait la théorie complète qui
contiendrait en elle la mécanique quantique. « Ce que Dieu
a séparé, que nul homme ne le réunisse 23 »-tel fut le jugement caustique que porta Pauli sur le rêve d'unification
d'Einstein. Bien qu'à l'époque la plupart des physiciens se
soient gaussés d'Einstein, qu'on jugeait dépassé par les événements, c'est la recherche de pareille théorie qui deviendrait
le Saint-Graal de la physique quand la découverte de l'interaction faible responsable de la radioactivité puis celle de l'interaction forte qui assure la cohésion du noyau atomique porta
à quatre le nombre des forces que les physiciens devaient
affronter.
En ce qui concernait la mécanique quantique, il y avait
ceux, comme Werner Heisenberg, qui accusaient carrément
Einstein d'être «incapable de changer d'attitude» après une
carrière passée à sonder l'« univers objectif des processus
physiques qui suit son cours dans l'espace et le temps, indépendant de nous, selon des lois rigides >> 24 • Il n'était guère surprenant, insinuait Heisenberg, qu'Einstein trouve impossible
d'accepter une théorie affirmant qu'à l'échelle atomique «cet
univers objectif du temps et de l'espace n'existait même pas 25 >>,
Born croyait qu'Einstein « ne pourrait plus accepter certaines
idées nouvelles en physique qui contredisaient ses propres
convictions philosophiques, fermement enracinées 26 >>.Tout en
reconnaissant que son ami de longue date avait fait œuvre de
« pionnier dans la lutte pour la conquête du territoire
sauvage des phénomènes quantiques>>, le fait qu'« il soit resté
hautain et sceptique >> face à la mécanique quantique était
«une tragédie>>, déplorait Born, tandis qu'Einstein «avance à
tâtons dans sa solitude, et pour nous qui regrettons l'absence
de notre chef et porte-drapeau 27 >>,
L'influence d'Einstein diminua, celle de Bohr augmenta.
Avec des missionnaires comme Heisenberg et Pauli répandant la bonne parole à leurs propres ouailles, l'interprétation
