LE THÉORÈME DE BELL SONNE LE GLAS
415
Ce résultat parlait pour l'interprétation de Copenhague
non locale soutenue par Bohr, avec son « action à distance
farfelue », et contre la réalité locale soutenue par Einstein.
Mais il y avait de graves réserves quant à la validité du résultat.
Entre 1972 et 1977, différentes équipes d'expérimentateurs
procédèrent à neuf tests séparés de l'inégalité de Bell. Elle ne
fut violée que dans sept tests 48 • Vu ces résultats peu décisifs, il
y eut des doutes sur l'exactitude des expériences. L'un des
problèmes était la médiocre efficacité des détecteurs qui ne
mesuraient qu'une petite fraction du nombre total de couples
créés. Personne ne savait précisément quel effet cela avait sur
le niveau des corrélations. Il y avait d'autres points faibles à
éliminer avant qu'on puisse démontrer pour qui le théorème
de Bell sonnerait le glas.
Tandis que Clauser et d'autres s'affairaient à préparer et à
effectuer leurs expériences, un Français titulaire d'une
licence de physique travaillait comme coopérant en Mrique
et consacrait son temps libre à étudier la mécanique quantique. C'est en lisant un célèbre ouvrage français sur ce sujet
qu'Alain Aspect tomba pour la première fois sous le charme
de l'expérience de pensée EPR. Après avoir pris connaissance
des articles fondateurs de Bell, il commença à songer à
soumettre l'inégalité de Bell à un test rigoureux. En 1974,
après trois ans au Cameroun, Aspect rentra en France.
À vingt-sept ans, il entreprit de réaliser son rêve africain
dans un laboratoire en sous-sol de l'Institut d'optiq_ue théorique et appliquée à l'université de Paris XI-Orsay. «Etes-vous
titulaire de votre poste 49 ? » demanda Bell à Aspect lorsque
celui-ci vint le voir à Genève. Aspect expliqua qu'il n'était
qu'un étudiant de troisième cycle qui préparait son doctorat.
«Vous devez être un doctorant très courageux 50 », répondit
Bell. Il craignait que le jeune Français ne mette en péril sa
future carrière en tentant de monter une expérience aussi
difficile.
Ce fut plus long qu'il ne l'avait pensé au début, mais
en 1981 et 1982, Aspect et ses collaborateurs utilisèrent les
toutes dernières innovations technologiques, dont les lasers et
l'informatique, pour effectuer non pas une, mais trois expériences délicates afin de tester l'inégalité de Bell. Comme
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Ce résultat parlait pour l'interprétation de Copenhague
non locale soutenue par Bohr, avec son « action à distance
farfelue », et contre la réalité locale soutenue par Einstein.
Mais il y avait de graves réserves quant à la validité du résultat.
Entre 1972 et 1977, différentes équipes d'expérimentateurs
procédèrent à neuf tests séparés de l'inégalité de Bell. Elle ne
fut violée que dans sept tests 48 • Vu ces résultats peu décisifs, il
y eut des doutes sur l'exactitude des expériences. L'un des
problèmes était la médiocre efficacité des détecteurs qui ne
mesuraient qu'une petite fraction du nombre total de couples
créés. Personne ne savait précisément quel effet cela avait sur
le niveau des corrélations. Il y avait d'autres points faibles à
éliminer avant qu'on puisse démontrer pour qui le théorème
de Bell sonnerait le glas.
Tandis que Clauser et d'autres s'affairaient à préparer et à
effectuer leurs expériences, un Français titulaire d'une
licence de physique travaillait comme coopérant en Mrique
et consacrait son temps libre à étudier la mécanique quantique. C'est en lisant un célèbre ouvrage français sur ce sujet
qu'Alain Aspect tomba pour la première fois sous le charme
de l'expérience de pensée EPR. Après avoir pris connaissance
des articles fondateurs de Bell, il commença à songer à
soumettre l'inégalité de Bell à un test rigoureux. En 1974,
après trois ans au Cameroun, Aspect rentra en France.
À vingt-sept ans, il entreprit de réaliser son rêve africain
dans un laboratoire en sous-sol de l'Institut d'optiq_ue théorique et appliquée à l'université de Paris XI-Orsay. «Etes-vous
titulaire de votre poste 49 ? » demanda Bell à Aspect lorsque
celui-ci vint le voir à Genève. Aspect expliqua qu'il n'était
qu'un étudiant de troisième cycle qui préparait son doctorat.
«Vous devez être un doctorant très courageux 50 », répondit
Bell. Il craignait que le jeune Français ne mette en péril sa
future carrière en tentant de monter une expérience aussi
difficile.
Ce fut plus long qu'il ne l'avait pensé au début, mais
en 1981 et 1982, Aspect et ses collaborateurs utilisèrent les
toutes dernières innovations technologiques, dont les lasers et
l'informatique, pour effectuer non pas une, mais trois expériences délicates afin de tester l'inégalité de Bell. Comme
