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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
problème, pour Bell, était que la Physical Review faisait payer
les auteurs - c'était leur université qui réglait d'ordinaire la
facture une fois que l'article avait été accepté. À l'époque,
Bell était l'invité de l'université Stanford en Californie et il ne
voulut pas abuser de son hospitalité en lui demandant de
payer. Au lieu de quoi, son article de six pages «Sur le paradoxe d'Einstein-Podolsky-Rosen » fut publié dans le numéro
trois de Physics, petite revue de faible diffusion et de courte
vie qui, elle, rémunérait ses collaborateurs 40 •
C'était en fait le deuxième article qu'écrivit Bell pendant
son année sabbatique. Le premier réexaminait le verdict de
von Neumann et consorts pour qui « la mécanique quantique
ne permet pas d'interprétation à variables cachées 41 ».
Malheureusement, placé dans le mauvais dossier par la Review
of Modern Physics tandis qu'une lettre égarée du rédacteur en
chef causait un retard supplémentaire, l'article ne fut pas
publié avant juillet 1966. Il s'adressait, écrivait Bell, à ceux
< cachées a reçu une réponse précoce et assez décisive sous la
forme de la preuve de von Neumann de l'impossibilité mathématique de pareilles variables en théorie quantique" 42 ». Il
démontrait ensuite, une fois pour toutes, que von Neumann
s'était trompé. Une théorie scientifique en désaccord avec les
données expérimentales est généralement soit modifiée, soit
rejetée. Or la mécanique quantique avait réussi tous les tests
auxquels elle avait été soumise. Il n'y avait pas de conflit entre
la théorie et l'expérience. Pour la grande majorité des collègues de Bell, les jeunes comme les vieux, la polémique entre
Einstein et Bohr sur l'interprétation correcte de la mécanique
quantique relevait plus de la philosophie que de la physique.
Ils partageaient l'opinion de Pauli, exprimée dans une lettre
à Born en 1954, qu'« on ne devrait pas plus se creuser la tête
avec la question de savoir si une chose dont on ne connaît
rien existe tout de même, qu'avec la vieille question de savoir
combien d'anges peuvent tenir sur la pointe d'une
épinglé 3 ». Il semblait à Pauli qu'« en dernière analyse, les
questions d'Einstein soient toujours de cette sorte 44 » dans sa
critique de l'interprétation de Copenhague.
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