LE THÉORÈME DE BELL SONNE LE GLAS
407
Ce fut en 1964, pendant une année sabbatique loin du
CERN et de son travail comme concepteur d'accélérateurs de
particules, que Bell trouva le temps d'entrer dans le débat
Einstein-Bohr. Il décida de chercher à savoir si la non-localité
était particulière au modèle de Bohm ou si c'était une
caractéristique de toute théorie à variables cachées visant à
reproduire les résultats de la mécanique quantique. « Bien
sûr, je savais que le dispositif d'Einstein-Podolsky-Rosen était
l'élément critique, puisqu'il conduisait à des corrélations éloignées, expliquait-il. Ils concluaient leur article en affirmant
que si, d'une manière ou d'une autre, on assurait la complétude
de la description mécanique quantique, la non-localité ne serait
qu'apparente. La théorie sousjacente serait localeg 1 • »
Bell commença par essayer de conserver la localité en
tentant d'élaborer une théorie «locale» à variables cachées
dans laquelle, si un événement était la cause d'un autre, alors
il fallait qu'il y ait assez de temps entre les deux pour
permettre à un signal voyageant à la vitesse de la lumière de
se transmettre de l'un à l'autre. «Tout ce que j'essayais ne
marchait pas, dit-il plus tard. Je commençais à avoir l'impression que c'était très vraisemblablement impossible 32 • » C'est
en tentant d'éliminer ce qu'Einstein qualifiait d'« actions à
distance farfelues 3 g » - des influences non locales transmises
instantanément d'un lieu à un autre - que Bell dériva son
célèbre théorème.
Il commença par examiner une version de l'expérience de
pensée EPR conçue initialement par Bohm en 1951 et qui
était plus simple que l'original. Alors qu'Einstein, Podolsky et
Rosen avaient utilisé deux propriétés d'une particule, sa position et sa quantité de mouvement, Bohm n'en utilisa qu'une,
le spin. Présenté pour la première fois en 1925 par les jeunes
physiciens néerlandais George Uhlenbeck et Samuel Goudsmit,
le spin quantique d'une particule n'avait pas d'analogue dans la
physique classique. Un électron ne pouvait avoir que deux
états de spin, le spin «en haut» et le spin « en bas». L'adaptation par Bohm de l'expérience EPR impliquait une particule de spin zéro qui se désintègre, produisant ainsi deux
électrons. Puisque leur spin combiné doit demeurer égal à
zéro, l'un des électrons doit avoir son spin en haut et l'autre
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Ce fut en 1964, pendant une année sabbatique loin du
CERN et de son travail comme concepteur d'accélérateurs de
particules, que Bell trouva le temps d'entrer dans le débat
Einstein-Bohr. Il décida de chercher à savoir si la non-localité
était particulière au modèle de Bohm ou si c'était une
caractéristique de toute théorie à variables cachées visant à
reproduire les résultats de la mécanique quantique. « Bien
sûr, je savais que le dispositif d'Einstein-Podolsky-Rosen était
l'élément critique, puisqu'il conduisait à des corrélations éloignées, expliquait-il. Ils concluaient leur article en affirmant
que si, d'une manière ou d'une autre, on assurait la complétude
de la description mécanique quantique, la non-localité ne serait
qu'apparente. La théorie sousjacente serait localeg 1 • »
Bell commença par essayer de conserver la localité en
tentant d'élaborer une théorie «locale» à variables cachées
dans laquelle, si un événement était la cause d'un autre, alors
il fallait qu'il y ait assez de temps entre les deux pour
permettre à un signal voyageant à la vitesse de la lumière de
se transmettre de l'un à l'autre. «Tout ce que j'essayais ne
marchait pas, dit-il plus tard. Je commençais à avoir l'impression que c'était très vraisemblablement impossible 32 • » C'est
en tentant d'éliminer ce qu'Einstein qualifiait d'« actions à
distance farfelues 3 g » - des influences non locales transmises
instantanément d'un lieu à un autre - que Bell dériva son
célèbre théorème.
Il commença par examiner une version de l'expérience de
pensée EPR conçue initialement par Bohm en 1951 et qui
était plus simple que l'original. Alors qu'Einstein, Podolsky et
Rosen avaient utilisé deux propriétés d'une particule, sa position et sa quantité de mouvement, Bohm n'en utilisa qu'une,
le spin. Présenté pour la première fois en 1925 par les jeunes
physiciens néerlandais George Uhlenbeck et Samuel Goudsmit,
le spin quantique d'une particule n'avait pas d'analogue dans la
physique classique. Un électron ne pouvait avoir que deux
états de spin, le spin «en haut» et le spin « en bas». L'adaptation par Bohm de l'expérience EPR impliquait une particule de spin zéro qui se désintègre, produisant ainsi deux
électrons. Puisque leur spin combiné doit demeurer égal à
zéro, l'un des électrons doit avoir son spin en haut et l'autre
