LE THÉORÈME DE BELL SONNE LE GLAS
405
ses brillantes références, il alla en Angleterre travailler pour
1 'Agence britannique de l'énergie atomique (BAEA). En
1954, Bell épousa la physicienne Mary Ross. En 1960, quand
il eut obtenu son doctorat à l'université de Birmingham, ils
s'installèrent au CERN de Genève. Pour un homme qui se
ferait un nom comme théoricien des quanta, son travail était
de concevoir des accélérateurs de particules. Il était fier de se
dire ingénieur quantique.
Bell tomba pour la première fois sur la preuve de von
Neumann en 1949, dans sa dernière année d'études à Belfast,
en lisant le dernier ouvrage de Max Born, Philosophie naturelle
de la cause et du hasard. «J'ai été très impressionné par le fait
que quelqu'un [von Neumann] ait vraiment prouvé qu'on ne
pouvait pas interpréter la mécanique quantique comme une
sorte de mécanique statistique 20 », se rappela-t-il plus tard.
Mais Bell ne lut pas le livre de von Neumann dans le texte,
car il était en allemand. Au lieu de quoi, il accepta la parole
de Born quant à la validité de la preuve de von Neumann.
D'après Born, von Neumann avait placé la mécanique quantique sur une base axiomatique en la faisant dériver de quelques postulats «d'un caractère très plausible et très général»,
si bien que « le formalisme de la mécanique quantique est
uniquement déterminé par ces axiomes 21 ». En particulier,
disait Born, cela signifiait qu'« on ne peut introduire de paramètres cachés à l'aide desquels la description indéterministe
pourrait être transformée en description déterministe 22 ».
Born se prononçait implicitement en faveur de l'interprétation de Copenhague, parce que « à supposer qu'une théorie
future soit déterministe, elle ne peut être une modification de
la théorie présente, mais doit être essentiellement
différente 23 ». Le message de Born était que la mécanique
quantique est complète, et ne peut donc être modifiée.
L'ouvrage de von Neumann ne fut publié en anglais qu'en
1955, mais Bell avait alors déjà lu les articles de Bohm sur les
variables cachées. «J'ai vu que von Neumann avait dû carrément se tromper 24 », dit-il plus tard. Or Pauli et Heisenberg
accusèrent la théorie à variables cachées de Bohm d'être
«métaphysique» et« idéologique 25 ».L'acceptation rapide de
la preuve de l'impossibilité donnée par von Neumann témoi-
405
ses brillantes références, il alla en Angleterre travailler pour
1 'Agence britannique de l'énergie atomique (BAEA). En
1954, Bell épousa la physicienne Mary Ross. En 1960, quand
il eut obtenu son doctorat à l'université de Birmingham, ils
s'installèrent au CERN de Genève. Pour un homme qui se
ferait un nom comme théoricien des quanta, son travail était
de concevoir des accélérateurs de particules. Il était fier de se
dire ingénieur quantique.
Bell tomba pour la première fois sur la preuve de von
Neumann en 1949, dans sa dernière année d'études à Belfast,
en lisant le dernier ouvrage de Max Born, Philosophie naturelle
de la cause et du hasard. «J'ai été très impressionné par le fait
que quelqu'un [von Neumann] ait vraiment prouvé qu'on ne
pouvait pas interpréter la mécanique quantique comme une
sorte de mécanique statistique 20 », se rappela-t-il plus tard.
Mais Bell ne lut pas le livre de von Neumann dans le texte,
car il était en allemand. Au lieu de quoi, il accepta la parole
de Born quant à la validité de la preuve de von Neumann.
D'après Born, von Neumann avait placé la mécanique quantique sur une base axiomatique en la faisant dériver de quelques postulats «d'un caractère très plausible et très général»,
si bien que « le formalisme de la mécanique quantique est
uniquement déterminé par ces axiomes 21 ». En particulier,
disait Born, cela signifiait qu'« on ne peut introduire de paramètres cachés à l'aide desquels la description indéterministe
pourrait être transformée en description déterministe 22 ».
Born se prononçait implicitement en faveur de l'interprétation de Copenhague, parce que « à supposer qu'une théorie
future soit déterministe, elle ne peut être une modification de
la théorie présente, mais doit être essentiellement
différente 23 ». Le message de Born était que la mécanique
quantique est complète, et ne peut donc être modifiée.
L'ouvrage de von Neumann ne fut publié en anglais qu'en
1955, mais Bell avait alors déjà lu les articles de Bohm sur les
variables cachées. «J'ai vu que von Neumann avait dû carrément se tromper 24 », dit-il plus tard. Or Pauli et Heisenberg
accusèrent la théorie à variables cachées de Bohm d'être
«métaphysique» et« idéologique 25 ».L'acceptation rapide de
la preuve de l'impossibilité donnée par von Neumann témoi-
