LE THÉORÈME DE BELL SONNE LE GLAS
397
Quatre ans plus tard, en 1947, celui qui se disait lui-même
«destructeur de mondes» prit en charge «l'asile de fous 5 »,
comme il avait une fois qualifié l'Institut d'études avancées de
Princeton. Peut-être pour tenter de se racheter de sa dénonciation de Bohm, dont l'intéressé lui-même ne savait rien,
Oppenheimer le prit sous sa protection et l'aida à obtenir un
poste de maître-assistant à l'université de Princeton. Au
milieu de la paranoïa anticommuniste qui déferla sur les
États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, Oppenheimer
lui-même fut bientôt soupçonné en raison des opinions politiques de gauche qu'il avait affichées par le passé. Après
l'avoir étroitement surveillé pendant quelques années, la FBI
avait constitué un épais dossier sur l'homme qui connaissait
les secrets atomiques américains.
Dans une tentative pour diffamer Oppenheimer, certains
de ses amis et collègues firent l'objet d'une enquête de la
Commission parlementaire sur les activités non-américaines
(HUAC) et furent assignés à comparaître devant elle. En
1948, Bohm, qui avait adhéré au Parti communiste américain
en 1952, mais l'avait quitté au bout de neuf mois seulement,
invoqua le Cinquième Amendement, qui le protégeait de
l'autoaccusation. Moins d'un an plus tard, il fut cité à
comparaître devant un Grand Jury et invoqua à nouveau le
Cinquième Amendement. En novembre 1949, Bohm fut
arrêté, inculpé d'outrage à magistrat et emprisonné pour une
courte durée avant d'être libéré sous caution. L'université de
Princeton, craignant de perdre de généreux donateurs,
suspendit Bohm. Bien qu'il ait été acquitté à l'issue de son
procès en juin 1950, l'université choisit de verser à Bohm le
solde de son contrat pour le reste de l'année, à condition
qu'il ne remette plus les pieds sur le campus. Désormais sur la
liste noire, Bohm fut incapable de retrouver un poste universitaire aux États-Unis, et Einstein envisagea sérieusement de
le recruter comme assistant de recherche personnel. Oppenheimer s'y opposa et fut au nombre de ceux qui conseillèrent
à son ancien étudiant de quitter le pays. En octobre 1951,
Bohm partit pour le Brésil et 1 'université de Sao Paulo.
Il n'était que depuis quelques semaines au Brésil quand
l'ambassade des États-Unis, craignant que sa destination
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Quatre ans plus tard, en 1947, celui qui se disait lui-même
«destructeur de mondes» prit en charge «l'asile de fous 5 »,
comme il avait une fois qualifié l'Institut d'études avancées de
Princeton. Peut-être pour tenter de se racheter de sa dénonciation de Bohm, dont l'intéressé lui-même ne savait rien,
Oppenheimer le prit sous sa protection et l'aida à obtenir un
poste de maître-assistant à l'université de Princeton. Au
milieu de la paranoïa anticommuniste qui déferla sur les
États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, Oppenheimer
lui-même fut bientôt soupçonné en raison des opinions politiques de gauche qu'il avait affichées par le passé. Après
l'avoir étroitement surveillé pendant quelques années, la FBI
avait constitué un épais dossier sur l'homme qui connaissait
les secrets atomiques américains.
Dans une tentative pour diffamer Oppenheimer, certains
de ses amis et collègues firent l'objet d'une enquête de la
Commission parlementaire sur les activités non-américaines
(HUAC) et furent assignés à comparaître devant elle. En
1948, Bohm, qui avait adhéré au Parti communiste américain
en 1952, mais l'avait quitté au bout de neuf mois seulement,
invoqua le Cinquième Amendement, qui le protégeait de
l'autoaccusation. Moins d'un an plus tard, il fut cité à
comparaître devant un Grand Jury et invoqua à nouveau le
Cinquième Amendement. En novembre 1949, Bohm fut
arrêté, inculpé d'outrage à magistrat et emprisonné pour une
courte durée avant d'être libéré sous caution. L'université de
Princeton, craignant de perdre de généreux donateurs,
suspendit Bohm. Bien qu'il ait été acquitté à l'issue de son
procès en juin 1950, l'université choisit de verser à Bohm le
solde de son contrat pour le reste de l'année, à condition
qu'il ne remette plus les pieds sur le campus. Désormais sur la
liste noire, Bohm fut incapable de retrouver un poste universitaire aux États-Unis, et Einstein envisagea sérieusement de
le recruter comme assistant de recherche personnel. Oppenheimer s'y opposa et fut au nombre de ceux qui conseillèrent
à son ancien étudiant de quitter le pays. En octobre 1951,
Bohm partit pour le Brésil et 1 'université de Sao Paulo.
Il n'était que depuis quelques semaines au Brésil quand
l'ambassade des États-Unis, craignant que sa destination
