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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
d'examiner la faisabilité de la mise au point d'une bombe
atomique, étant donné que l'Allemagne avait interrompu la
vente du minerai d'uranium extrait dans les mines qu'elle
contrôlait désormais en Tchécoslovaquie. Roosevelt lui
répondit en octobre, remerciant Einstein de sa lettre et
l'informant qu'il avait mis sur pied une commission pour
examiner les problèmes évoqués. Dans l'intervalle, le
1er septembre 1939, l'Allemagne avait attaqué la Pologne.
Éternel pacifiste, Einstein était prêt à trouver un compromis
jusqu'à ce qu'Hitler et les nazis soient vaincus. Dans une
deuxième lettre, datée du 7 mars 1940, il pressa Roosevelt de
prendre des mesures supplémentaires. « Depuis que la guerre
a éclaté, l'intérêt porté à l'uranium s'est intensifié en Allemagne. Je viens d'apprendre que des recherches y sont
menées en grand secree 8 • » Einstein ne le savait pas, mais
l'homme responsable du programme allemand de bombe
atomique était Werner Heisenberg. Une fois de plus, sa lettre
ne suscita guère de réactions. La découverte par Bohr du
caractère fissible de l'uranium 235 était bien plus importante
pour la création de la bombe atomique que tout ce qu'avaient
pu faire les deux lettres d'Einstein à Roosevelt. Le gouvernement américain ne commença à songer sérieusement à développer une bombe atomique, sous le nom de code « projet
Manhattan», qu'en octobre 1941.
Bien qu'Einstein ait obtenu la nationalité américaine en
1940, les autorités le considéraient comme un risque pour la
sécurité nationale en raison de ses opinions politiques. On ne
lui demanda jamais de travailler sur la bombe atomique.
Bohr, lui, fut sollicité. Le 22 décembre 1943, il s'arrêta à
Princeton sur la route qui le conduirait à Los Alamos, au
Nouveau-Mexique, où la bombe était construite. Il dîna avec
Einstein et Wolfgang Pauli, qui avait rejoint l'Institut d'études
avancées en 1940. Il s'était passé bien des choses depuis la
dernière fois que Bohr avait rencontré Einstein.
En avril1940, les forces allemandes avaient occupé le Danemark. Bohr choisit de rester à Copenhague, espérant que sa
réputation internationale fournirait un semblant de protection
à ses collaborateurs. Et cela fonctionna jusqu'en août 1943,
quand l'illusion d'une autonomie du Danemark fut finale-
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