lA RÉALITÉ QUANTIQUE
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En janvier 1939, Bohr retourna à Princeton et resta quatre
mois à l'lAS comme professeur invité. Bien que les deux
hommes maintiennent encore une relation chaleureuse et
amicale, leur querelle prolongée à propos de la réalité quantique avait inévitablement refroidi l'atmosphère. « Einstein
n'était plus que l'ombre de lui-même 75 », se rappela Rosenfeld, qui avait accompagné Bohr en Amérique. Ils se rencontraient encore, habituellement lors de réceptions formelles,
mais ils ne parlaient plus de la physique qui avait tant
d'importance pour eux. Pendant le séjour de Bohr, Einstein
ne donna qu'une seule conférence, sur sa recherche d'une
théorie du champ unifié. En présence de Bohr, il confia à son
auditoire qu'il espérait pouvoir dériver la physique quantique
à partir de pareille théorie. Mais il avait déjà fait savoir qu'il
préférait ne pas aller plus loin dans ce débat. « Bohr en a été
profondément chagriné 76 », dit Rosenfeld. Si Einstein n'était
pas disposé à parler de la physique quantique, Bohr s'aperçut
qu'il y avait beaucoup d'autres collègues à Princeton impatients de discuter des tout derniers développements en
physique nucléaire, vu les événements inquiétants en Europe
qui allaient une fois de plus conduire à une guerre mondiale.
« On a beau se plonger profondé~ent dans le travail,
écrivit Einstein à la reine des Belges Elisabeth, l'impression
obsédante d'une inévitable tragédie persiste 77 • » Cette lettre
était datée du 9 janvier 1939, deux jours avant que Bohr
s'embarque pour l'Amérique et apporte la nouvelle d'une
découverte que d'autres avait faite: le fractionnement d'un
gros noyau atomique en deux noyaux plus petits, accompagné d'une libération d'énergie- la fission nucléaire. C'est
pendant la traversée que Bohr comprit que c'est l'uranium
235 qui subit une fission nucléaire quand il est bombardé pa!
des neutrons lents, et non l'autre isotope, l'uranium 238. A
l'âge de cinquante-trois ans, ce fut la dernière contribution
majeure de Bohr à la physique. Comme Einstein se refusait à
débattre de la nature de la réalité quantique, Bohr se
concentra sur l'étude détaillée de la fission nucléaire avec
l'Américain John Wheeler de l'université de Princeton.
Après le retour de Bohr en Europe, Einstein envoya au
président Roosevelt une lettre, datée du 2 août, le pressant
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