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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
ment dans le même sens où les pierres ou les arbres existent,
que nous soyons en train de les obsexver ou non » était pour
Heisenberg une régression en direction des « conceptions
matérialistes simplistes qui prévalaient dans les sciences de la
nature au XIXe siècle 70 ». Heisenberg n'avait que partiellement
raison quand il déclarait qu'Einstein et Schrôdinger voulaient
«changer la philosophie sans changer la physique 71 ». Einstein admettait que la mécanique quantique soit la meilleure
théorie disponible, mais c'était «une représentation incomplète des choses réelles, bien que ce fût la seule qui puisse
s'élaborer à partir des concepts fondamentaux de la force et
des points matériels (corrections quantiques apportées à la
mécanique classique) 72 ».
Einstein cherchait désespérément à changer la physique
elle aussi; car il n'était pas le fossile conservateur que beaucoup croyaient. Il était persuadé qu'il fallait remplacer les
concepts de la physique classique par des nouveaux. Puisque
l'univers macroscopique est décrit par la physique classique et
ses concepts, Bohr affirmait qu'on perdait son temps ne
serait-ce qu'à chercher à aller au-delà. Il avait développé le
cadre de la complémentarité afin de sauver les concepts classiques. Pour lui, il n'y avait pas de réalité physique sousjacente existant indépendamment du matériel de mesure, ce
qui signifiait, ainsi que le fit remarquer Heisenberg, que
« nous ne pouvons pas échapper au paradoxe de la théorie
des quanta, c'est-à-dire à la nécessité de recourir aux concepts
classiques 73 ». C'est cet appel de Bohr-Heisenberg à retenir les
concepts classiques qu'Einstein appelait une «philosophie
tranquillisante 74 » .
Il n'abandonna jamais l'ontologie de la physique classique
- une réalité indépendante de l'observateur -, mais il était
disposé à opérer une rupture décisive avec la physique classique. La conception de la réalité avalisée par l'interprétation
de Copenhague prouvait suffisamment qu'il fallait y
procéder. Einstein voulait une révolution plus radicale que
celle proposée par la mécanique quantique. Il n'était donc
guère surprenant qu'Einstein et Bohr aient laissé tant de nondits s'accumuler entre eux.
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
ment dans le même sens où les pierres ou les arbres existent,
que nous soyons en train de les obsexver ou non » était pour
Heisenberg une régression en direction des « conceptions
matérialistes simplistes qui prévalaient dans les sciences de la
nature au XIXe siècle 70 ». Heisenberg n'avait que partiellement
raison quand il déclarait qu'Einstein et Schrôdinger voulaient
«changer la philosophie sans changer la physique 71 ». Einstein admettait que la mécanique quantique soit la meilleure
théorie disponible, mais c'était «une représentation incomplète des choses réelles, bien que ce fût la seule qui puisse
s'élaborer à partir des concepts fondamentaux de la force et
des points matériels (corrections quantiques apportées à la
mécanique classique) 72 ».
Einstein cherchait désespérément à changer la physique
elle aussi; car il n'était pas le fossile conservateur que beaucoup croyaient. Il était persuadé qu'il fallait remplacer les
concepts de la physique classique par des nouveaux. Puisque
l'univers macroscopique est décrit par la physique classique et
ses concepts, Bohr affirmait qu'on perdait son temps ne
serait-ce qu'à chercher à aller au-delà. Il avait développé le
cadre de la complémentarité afin de sauver les concepts classiques. Pour lui, il n'y avait pas de réalité physique sousjacente existant indépendamment du matériel de mesure, ce
qui signifiait, ainsi que le fit remarquer Heisenberg, que
« nous ne pouvons pas échapper au paradoxe de la théorie
des quanta, c'est-à-dire à la nécessité de recourir aux concepts
classiques 73 ». C'est cet appel de Bohr-Heisenberg à retenir les
concepts classiques qu'Einstein appelait une «philosophie
tranquillisante 74 » .
Il n'abandonna jamais l'ontologie de la physique classique
- une réalité indépendante de l'observateur -, mais il était
disposé à opérer une rupture décisive avec la physique classique. La conception de la réalité avalisée par l'interprétation
de Copenhague prouvait suffisamment qu'il fallait y
procéder. Einstein voulait une révolution plus radicale que
celle proposée par la mécanique quantique. Il n'était donc
guère surprenant qu'Einstein et Bohr aient laissé tant de nondits s'accumuler entre eux.
