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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
tuée par la mort de ma compagne, qui était plus attachée aux
êtres humains que moi. » Born trouva la mention presque
décontractée du décès d'Elsa «plutôt étrange», mais il n'en
fut pas surpris. «Malgré toute sa bonté, sa sociabilité et son
amour de l'humanité, dirait Born plus tard, il était néanmoins totalement détaché de son environnement et des êtres
humains qui en faisaient partie 60 • » Presque totalement. Il y
avait une personne à laquelle Einstein était profondément
attaché, sa sœur MaJa. Elle vint habiter chez lui en 1939 après
que les lois racistes de Mussolini l'eurent forcée à quitter
l'Italie, et elle resta à Princetonjusqu'à sa mort en 1951.
Après la mort d'Elsa, Einstein se fixa un emploi du temps
qui, au fil des années, varia de moins en moins. Après le petit
déjeuner, pris entre 9 et 10 heures, il se rendait à pied à
l'institut. Il y travaillait jusqu'à 13 heures, puis rentrait chez
lui pour le déjeuner, suivi d'une sieste. Il travaillait ensuite
dans son bureau jusqu'au dîner, pris entre 18h30 et
19 heures. Il allait rarement au théâtre ou au concert, et,
contrairement à Bohr, n'allait presque jamais au cinéma. Il
vivait, dit-il en 1936, « dans cette sorte de solitude qui est
douloureuse quand on est jeune, mais délicieuse à l'âge
mûr 61 ».
Début février 1937, Bohr arriva à Princeton, avec son
épouse et leur fils Hans, pour un séjour d'une semaine dans
le cadre d'une tournée mondiale de six mois. C'était pour
Einstein et Bohr la première occasion de se rencontrer face à
face depuis la publication de l'article EPR. Bohr pourrait-il
enfin convaincre Einstein d'accepter l'interprétation de
Copenhague ? « Leur discussion sur la mécanique quantique
n'était pas du tout passionnée, se rappela Valentin Bargmann,
qui devint plus tard l'un des assistants d'Einstein. Mais un
observateur extérieur aurait eu l'impression d'un dialogue de
sourds 62 • » La moindre discussion significative, lui sembla-t-il,
exigeait «des jours et des jours». Hélas, lors de la rencontre
dont il fut témoin, «il y eut beaucoup de non-dits 63 ».
Einstein comme Bohr savaient déjà de quoi ils n'avaient pas
parlé. Leur divergence sur l'interprétation de la mécanique
quantique aboutit à un débat philosophique sur le statut de la
réalité. Existait-elle ? Bohr croyait que la mécanique quan-
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