lA RÉALITÉ QUANTIQUE
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en intégrant le chat vivant et le chat mort hachés menu ou
pilonnés- excusez l'image- à parts égales 52 • »
Selon Schrôdinger et le bon sens, le chat est soit mort, soit
vivant, suivant qu'il y ait eu ou non désintégration radioactive.
Mais, selon Bohr et ses disciples, l'univers subatomique est
une contrée à la manière d'Alice au pays des Merveilles: parce
que seul un acte d'observation peut décider s'il y a eu ou non
désintégration, c'est cette seule observation qui détermine si
le chat est mort ou vivant. En attendant, le chat est consigné
au purgatoire quantique, superposition d'états dans laquelle
il n'est ni mort ni vivant.
Même s'il reprocha à Schrôdinger d'avoir choisi une revue
allemande pour publier son essai alors qu'il restait sur place
des scientifiques allemands disposés à tolérer le régime nazi,
Einstein fut enchanté. Le chat, dit-il à Schrôdinger, prouve
que «nous sommes complètement d'accord en ce qui
concerne le caractère de la théorie actuelle». Une fonction
d'onde qui contient un chat vivant et un chat mort« ne peut
être tenue pour la description d'un état réel 53 ». Des années
plus tard, en 1950, Einstein fit accidentellement exploser le
chat, oubliant que c'était lui-même qui avait imaginé
l'exemple du baril de poudre. Écrivant à Schrôdinger au sujet
des« physiciens contemporains ''• il ne put dissimuler sa consternation devant leur insistance à proclamer que « la théorie
des quanta fournit une description de la réalité, et même une
description complète 54 >>. Pareille interprétation, poursuivait
Einstein, était «réfutée de manière très élégante par votre
système d'atome radioactif+ compteur Geiger+ amplificateur
+ charge de poudre à canon + chat dans une boîte, dans
lequel la fonction d'onde d'un système contient le chat à la
fois en vie et pulvérisé par l'explosion 55 >>.
Le célèbre félin de l'expérience imaginaire de Schrôdinger
illustrait également la difficulté qu'il y avait à tracer la frontière entre l'appareillage de mesure, qui appartient au macrounivers de la vie quotidienne, et l'objet mesuré, qui appartient au micro-univers du quantum. Pour Bohr, il n'y avait pas
de « coupure >> franche entre les univers classique et quantique. Pour expliquer ce qu'il entendait par le lien indestructible entre l'observateur et l'observé, Bohr proposa l'exemple
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