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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
formule est bien assurée ; maintenant, je lui ai aussi trouvé
une théorie, que je présenterai dans quatre semaines ici [à
Berlin] à la Société de physique 50 • » Planck ne souffla mot à
Wien ni des intenses efforts intellectuels qui l'avaient conduit
à sa théorie, ni de la théorie elle-même. Au fil de ces longues
semaines, il s'était acharné à réconcilier son équation avec les
deux grandes théories de la physique du XIXe siècle : la thermodynamique et l'électromagnétisme. Mais il n'y arriva pas.
« Il fallait donc, avouait-il, trouver une interprétation théorique à n'importe quel prix, si élevé soit-il 51 • »Il était« prêt à
sacrifier jusqu'à la dernière toutes [ses] convictions antérieures quant aux lois de la physique 52 », Peu lui importait
maintenant le coût, du moment qu'il puisse «produire un
résultat positif\ 3 », Pour un homme aussi avare de ses
émotions que Planck, qui ne s'exprimait vraiment en toute
liberté qu'au piano, c'était un langage explosif. Poussé à bout
dans sa lutte pour comprendre sa nouvelle formule, Planck
fut acculé à « un geste désespéré » qui le conduisit au
quantum 54 •
À mesure que les parois d'un corps noir sont chauffées,
elles émettent des radiations infrarouges, visibles et ultraviolettes dans le cœur de la cavité. Dans sa recherche d'une dérivation théoriquement cohérente de sa loi, Planck fut obligé
de trouver un modèle physique qui reproduise la répartition
de l'énergie spectrale du rayonnement du corps noir. Il avait
déjà une idée en tête. Peu importait que son modèle ne réussisse pas à saisir ce qui se passait réellement à l'intérieur des
parois de la cavité; tout ce dont Planck avait besoin, c'était
un moyen d'obtenir un mélange correct de toutes les
fréquences - et donc des longueurs d'onde - du rayonnement présent à l'intérieur de la cavité. Il tira partie du fait
que cette répartition ne dépend que de la température du
corps noir et non du matériau qui le constitue pour imaginer
le modèle le plus simple possible.
« En dépit du grand succès dont jouit jusqu'ici la théorie
atomique, écrivit Planck en 1882, elle finira par être abandonnée en faveur de l'hypothèse de la matière continue 55 • »
Dix-huit ans plus tard, en l'absence d'une preuve irréfutable
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
formule est bien assurée ; maintenant, je lui ai aussi trouvé
une théorie, que je présenterai dans quatre semaines ici [à
Berlin] à la Société de physique 50 • » Planck ne souffla mot à
Wien ni des intenses efforts intellectuels qui l'avaient conduit
à sa théorie, ni de la théorie elle-même. Au fil de ces longues
semaines, il s'était acharné à réconcilier son équation avec les
deux grandes théories de la physique du XIXe siècle : la thermodynamique et l'électromagnétisme. Mais il n'y arriva pas.
« Il fallait donc, avouait-il, trouver une interprétation théorique à n'importe quel prix, si élevé soit-il 51 • »Il était« prêt à
sacrifier jusqu'à la dernière toutes [ses] convictions antérieures quant aux lois de la physique 52 », Peu lui importait
maintenant le coût, du moment qu'il puisse «produire un
résultat positif\ 3 », Pour un homme aussi avare de ses
émotions que Planck, qui ne s'exprimait vraiment en toute
liberté qu'au piano, c'était un langage explosif. Poussé à bout
dans sa lutte pour comprendre sa nouvelle formule, Planck
fut acculé à « un geste désespéré » qui le conduisit au
quantum 54 •
À mesure que les parois d'un corps noir sont chauffées,
elles émettent des radiations infrarouges, visibles et ultraviolettes dans le cœur de la cavité. Dans sa recherche d'une dérivation théoriquement cohérente de sa loi, Planck fut obligé
de trouver un modèle physique qui reproduise la répartition
de l'énergie spectrale du rayonnement du corps noir. Il avait
déjà une idée en tête. Peu importait que son modèle ne réussisse pas à saisir ce qui se passait réellement à l'intérieur des
parois de la cavité; tout ce dont Planck avait besoin, c'était
un moyen d'obtenir un mélange correct de toutes les
fréquences - et donc des longueurs d'onde - du rayonnement présent à l'intérieur de la cavité. Il tira partie du fait
que cette répartition ne dépend que de la température du
corps noir et non du matériau qui le constitue pour imaginer
le modèle le plus simple possible.
« En dépit du grand succès dont jouit jusqu'ici la théorie
atomique, écrivit Planck en 1882, elle finira par être abandonnée en faveur de l'hypothèse de la matière continue 55 • »
Dix-huit ans plus tard, en l'absence d'une preuve irréfutable
