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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Bien qu'il ne partage pas l'engagement intellectuel et
émotionnel d'Einstein en faveur de la localité, Schrôdinger
n'était pas disposé à la rejeter. Il avança un argument pour
dénouer l'intrication. Toute mesure pratiquée sur l'une ou
l'autre des parties séparées A ou B d'un état intriqué à deux
particules rompt l'intrication et toutes deux sont à nouveau
indépendantes l'une de l'autre. <
deux systèmes séparés, conclut-il, ne peuvent s'influencer
directement- ce serait de la magie.>>
Schrôdinger dut être surpris en lisant la lettre d'Einstein,
datée du 17 juin : << Du point de vue des principes, écrivait-il,
je ne crois absolument pas à une base statistique pour la
physique à la manière de la mécanique quantique, en dépit
du singulier succès du formalisme, dont je suis très
conscient 47 • » Cela, Schrôdinger le savait déjà, mais Einstein
ajoutait: <
pensez qu'après tout maint jeune hérétique se change en un
vieux fanatique, et que maint jeune révolutionnaire devient
un vieux réactionnaire. >>
Leurs lettres s'étaient croisées. Deux jours après avoir écrit
la sienne, Einstein recevait celle de Schrôdinger commentant
l'article EPR; il y répondit immédiatement. << Ce que j'avais
vraiment l'intention [de prouver] n'est pas très bien passé,
expliquait-il. Au contraire, le thème principal a été, pour ainsi
dire, enterré sous l'érudition 48 • >> Il manquait à l'article EPR
rédigé par Podolsky la clarté et le style qui caractérisaient les
travaux publiés par Einstein en allemand. Il regrettait que le
rôle fondamental de la séparabilité - le fait que l'état d'un
objet ne puisse dépendre de la nature de la mesure effectuée
sur un autre objet, spatialement séparé - ait été occulté dans
l'article. Einstein voulait que le principe de séparation soit un
trait explicite de l'argumentation EPR et non une sorte de
rajout, comme pouvait le suggérer sa relégation en dernière
page de l'article. Il voulait mettre en relief l'incompatibilité
de la séparabilité avec la complétude de la mécanique quantique. Elles ne pouvaient être vraies toutes les deux.
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Bien qu'il ne partage pas l'engagement intellectuel et
émotionnel d'Einstein en faveur de la localité, Schrôdinger
n'était pas disposé à la rejeter. Il avança un argument pour
dénouer l'intrication. Toute mesure pratiquée sur l'une ou
l'autre des parties séparées A ou B d'un état intriqué à deux
particules rompt l'intrication et toutes deux sont à nouveau
indépendantes l'une de l'autre. <
directement- ce serait de la magie.>>
Schrôdinger dut être surpris en lisant la lettre d'Einstein,
datée du 17 juin : << Du point de vue des principes, écrivait-il,
je ne crois absolument pas à une base statistique pour la
physique à la manière de la mécanique quantique, en dépit
du singulier succès du formalisme, dont je suis très
conscient 47 • » Cela, Schrôdinger le savait déjà, mais Einstein
ajoutait: <
vieux fanatique, et que maint jeune révolutionnaire devient
un vieux réactionnaire. >>
Leurs lettres s'étaient croisées. Deux jours après avoir écrit
la sienne, Einstein recevait celle de Schrôdinger commentant
l'article EPR; il y répondit immédiatement. << Ce que j'avais
vraiment l'intention [de prouver] n'est pas très bien passé,
expliquait-il. Au contraire, le thème principal a été, pour ainsi
dire, enterré sous l'érudition 48 • >> Il manquait à l'article EPR
rédigé par Podolsky la clarté et le style qui caractérisaient les
travaux publiés par Einstein en allemand. Il regrettait que le
rôle fondamental de la séparabilité - le fait que l'état d'un
objet ne puisse dépendre de la nature de la mesure effectuée
sur un autre objet, spatialement séparé - ait été occulté dans
l'article. Einstein voulait que le principe de séparation soit un
trait explicite de l'argumentation EPR et non une sorte de
rajout, comme pouvait le suggérer sa relégation en dernière
page de l'article. Il voulait mettre en relief l'incompatibilité
de la séparabilité avec la complétude de la mécanique quantique. Elles ne pouvaient être vraies toutes les deux.
